Myanmar, Destruction des libertés alors qu’Aung San Suu Kyi est condamnée

Myanmar Aung Suu Kyi

Aung San Suu Kyi à été condamné à quatre ans de prison.

« Les lourdes peines infligées à Aung San Suu Kyi sur la base ces accusations infondées illustrent une nouvelle fois la détermination de la junte à éliminer toute opposition et à asphyxier les libertés au Myanmar. La décision ubuesque et corrompue du tribunal s’inscrit dans le cadre d’une politique destructrice de sanction arbitraire, qui s’est traduite par la mort de plus de 1 300 personnes et l’arrestation de milliers d’autres depuis le coup d’État militaire de février, a déclaré Ming Yu Hah, directrice régionale adjointe du travail de campagne à Amnesty International.

« De nombreuses personnes détenues qui n’ont pas le profil d’Aung San Suu Kyi se retrouvent face à la perspective terrifiante de passer des années derrière les barreaux, simplement parce qu’elles ont exercé sans violence leurs droits fondamentaux. On ne saurait les oublier ni les abandonner à leur triste sort.

« La décision ubuesque et corrompue du tribunal s’inscrit dans le cadre d’une politique destructrice de sanction arbitraire
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« Alors que la violence monte d’un cran, se traduisant par le déplacement de dizaines de milliers de personnes et une crise humanitaire en pleine pandémie, la situation au Myanmar est extrêmement inquiétante. Sans une réponse déterminée, unie et rapide de la communauté internationale, elle ne pourra que s’aggraver.

« La communauté internationale doit intervenir afin de protéger la population civile et d’amener les auteurs de graves violations des droits humains à rendre des comptes, et veiller à ce qu’une aide humanitaire et sanitaire soit acheminée de toute urgence. Le système de santé du pays est en lambeaux, l’économie est au bord du gouffre et les pénuries alimentaires se profilent. Le monde ne saurait rester inactif et laisser l’ANASE (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) se débrouiller – il faut agir maintenant en vue de mettre un terme aux homicides illégaux, détentions arbitraires, actes de torture et autres violations flagrantes, et d’en finir avec la culture de l’impunité qui sévit depuis des décennies et a conduit le pays là où il en est aujourd’hui.

« Il est honteux que l’ANASE n’ait pas encore appliqué pleinement son consensus d’urgence après plus de six mois. À part empêcher le dirigeant militaire Min Aung Hlaing d’assister à quelques rencontres, elle a fait preuve d’une grande faiblesse face à l’armée du Myanmar qui continue d’écraser la dissidence pacifique, de semer la destruction et de réduire à néant la liberté d’expression. »

La communauté internationale doit intervenir afin de protéger la population civile et d’amener les auteurs de graves violations des droits humains à rendre des comptes

Complément d’information

La conseillère d’État Aung San Suu Kyi, dirigeante de facto du Myanmar, a été arrêtée le 1er février, tout comme des responsables élus du gouvernement, militant·e·s et membres de la Commission électorale de l’Union du Myanmar.

Les verdicts rendus le 6 décembre portaient sur l’« incitation », au titre de l’article 505 (b), et sur des violations présumées des restrictions liées à la pandémie de COVID-19 en vertu de l’article 25 de la Loi relative aux catastrophes naturelles. Aung San Suu Kyi doit répondre de 11 chefs d’accusation au total, notamment d’infractions à l’article 67 de la Loi relative aux télécommunications et à la Loi relative aux exportations et aux importations (pour possession de talkies walkies à son domicile). Elle est également accusée d’avoir enfreint l’article 55 de la Loi relative à la lutte contre la corruption, ainsi que la Loi relative aux services secrets. Toutes les audiences la concernant se déroulent à huis clos.

Le 24 avril, l’ANASE a organisé un sommet d’urgence sur le Myanmar à Djakarta. Un consensus en cinq points a été trouvé lors de ce sommet, auquel a participé le chef des autorités militaires du Myanmar, le général Min Aung Hlaing, qui n’a pas été autorisé à assister à des sessions plus récentes.

« Il faut agir maintenant en vue de mettre un terme aux homicides illégaux, détentions arbitraires, actes de torture et autres violations flagrantes »

Ce consensus portait sur cinq points : l’arrêt immédiat des violences au Myanmar, l’engagement d’un dialogue constructif entre toutes les parties concernées, la nomination d’un envoyé spécial de l’ANASE afin de favoriser le dialogue, l’acheminement d’aide humanitaire et la visite de l’envoyé spécial au Myanmar. Plus de sept mois après ce sommet, il est clair que cette démarche ne donne pas de résultats très fructueux. L’envoyé spécial de l’ANASE n’est pas autorisé à rendre visite à Aung San Suu Kyi, détenue dans un lieu tenu secret dans la capitale Naypyidaw.

L’armée continue de tuer des manifestant·e·s, des passant·e·s et autres civil·e·s, et d’arrêter, détenir, poursuivre et emprisonner des militant·e·s, des défenseur·e·s des droits humains, des journalistes, des professionnel·le·s de santé, des artistes, des opposant·e·s politiques et des détracteurs de l’armée parce qu’ils exercent leurs droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique. Selon l’Association d’aide aux prisonniers politiques de Birmanie (AAPPB), au 3 décembre, l’armée avait tué plus de 1 300 personnes et procédé à plus de 10 000 arrestations.

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