Lorsque la guerre a éclaté, invoquant des préoccupations liées à la sécurité nationale, les autorités
des pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) – le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Arabie saoudite et Oman – ont émis des avertissements généraux contre le partage de contenus en ligne diffusant des « rumeurs » ou de « fausses informations » sur la guerre, ou provenant de « sources inconnues ». Peu après, plusieurs États du Golfe ont annoncé des arrestations massives.
« Si les États du Golfe peuvent prendre des mesures pour lutter contre la désinformation et protéger
la sécurité nationale, et déroger à certains droits en cas de conflit armé, toute restriction à la liberté
d’expression doit respecter des normes internationales strictes en matière de droits humains. Ces
dérogations doivent être prévues de manière claire et précise par la loi, poursuivre un but légitime, et
s’avérer strictement nécessaires et proportionnées. Les restrictions globales et la criminalisation
généralisée du partage d’informations ne satisfont pas à ces critères, a déclaré Heba Morayef,
directrice du programme régional Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International.
« Afin de préserver leur belle image de lieux sûrs, les États du Golfe recourent à leur autoritarisme
habituel pour contrôler l’information et instrumentalisent des dispositions formulées en termes
vagues et généraux issues des lois sur la cybercriminalité, la lutte contre le terrorisme et la sécurité
nationale. Cela va bien au-delà de ce que prévoit le droit international. »
Amnesty International s’est entretenue avec 16 personnes, parmi lesquelles un journaliste, des
militant·e·s associatifs, des citoyen·ne·s et des habitant·e·s des pays du Conseil de coopération du
Golfe (CCG), ainsi que des proches de personnes détenues, dont la plupart ont souhaité conserver
l’anonymat par crainte des représailles. Elle a recensé huit cas d’arrestations liées à l’expression
d’opinions.
En outre, elle a examiné les déclarations officielles des autorités du CCG, notamment les mises en
garde générales et les annonces faisant état de centaines d’arrestations liées à la liberté
d’expression, et passé en revue les cas rapportés par des médias locaux et des ambassades
étrangères, ainsi que ceux recensés par des organisations locales de défense des droits humains.
Répression régionale contre l’expression d’opinions liées à la guerre
Au Koweït, à Bahreïn, aux Émirats arabes unis et au Qatar, les autorités ont publié des déclarations
officielles annonçant l’arrestation de centaines de personnes ayant filmé et partagé des vidéos,
diffusé des images montrant l’interception de missiles ou publié des photos des dégâts causés par
ces projectiles.
Dans plusieurs cas, des personnes ont été arrêtées pour avoir « glorifié » un État hostile et ses
dirigeants militaires, semble-t-il en référence au fait d’exprimer de la sympathie envers l’Iran, de
republier des contenus en ligne marquant sa solidarité avec le peuple iranien ou de rendre hommage
au défunt Guide suprême et commandant en chef de l’Iran, Ali Khamenei.
Dans certains États du Conseil de coopération du Golfe (CCG), des enquêtes ou des poursuites ont
été diligentées contre des personnes accusées d’avoir diffusé des « informations trompeuses » ou
des « fausses nouvelles, rumeurs ou propagande provocatrice », y compris des contenus générés par
l’intelligence artificielle ou des vidéos prétendant à tort que des incidents s’étaient produits.
Au Koweït et à Bahreïn, les tribunaux pénaux ont prononcé des peines de prison comprises entre
trois et 10 ans à l’encontre de dizaines de personnes à l’issue de procès menés à la hâte pour
publication ou partage de contenus liés à la guerre.
Après le début de la guerre, les autorités d’Oman, à l’instar d’autres États du CCG, ont averti [1]
3 mars que les personnes ayant diffusé « des rumeurs et des informations non vérifiées » devraient
rendre des comptes au regard de la loi. Par la suite, elles n’ont annoncé aucune arrestation liée à la
liberté d’expression.
« Depuis le début de la guerre, les informations rendues publiques par les États du Golfe sont
extrêmement limitées, ces derniers cherchant à contrôler le discours sur l’impact des attaques
iraniennes sur la vie quotidienne dans ces pays. Cette mainmise sur l’information, tout
particulièrement en temps de guerre, contribue au climat de confusion et il devient difficile pour les
citoyen·ne·s d’avoir accès aux informations dont ils ont besoin. En outre, cela complexifie le
recensement des dégâts causés par les frappes iraniennes », a déclaré Heba Morayef.
Koweït
Entre le 1er et le 30 mars, le gouvernement koweïtien a annoncé l’arrestation de 33 personnes, dont
au moins trois femmes et un étranger. Selon le ministère de l’Intérieur, parmi les personnes arrêtées
depuis le début de la guerre, certaines sont accusées d’avoir publié des contenus soutenant des
« groupes terroristes », partagé des vidéos jugées préjudiciables à la sécurité nationale ou « se
moquant des services de sécurité », « diffusé de fausses informations » ou utilisé des drones pour
filmer sans autorisation.
Au Koweït, le nombre de poursuites judiciaires signalées dépasse largement le nombre d’arrestations
signalées. Le 23 avril, et les 1er et 7 mai, un tribunal de sûreté de l’État de première instance, mis sur
pied début avril et doté d’une compétence exclusive pour les infractions liées à la sécurité intérieure
et extérieure de l’État, a rendu des jugements à l’encontre de 204 prévenus pour avoir exprimé leur
sympathie envers « l’agression iranienne », « incité au conflit sectaire » et « diffusé de fausses
informations », selon les médias locaux.
La plupart des accusés ont écopé de peines avec sursis, certains ont été acquittés, tandis que 23 ont
été condamnés à trois ans de prison, un à cinq ans et un autre à 10 ans.
Parmi les personnes arrêtées et jugées figurait le journaliste de premier plan Ahmed Shihab Eldin,
interpellé le 3 mars par des agents en civil sans mandat, au seul motif qu’il avait relayé des images
liées à la guerre mises en ligne par des médias internationaux. Il a été détenu pendant 52 jours, puis
traduit en justice pour diffusion de fausses informations, atteinte à la sécurité nationale et utilisation
abusive de son téléphone portable. Le 23 avril, il a été acquitté pour un chef d’accusation et
condamné à du sursis pour les deux autres.
Début mars, un autre homme a été interpellé pour avoir publié des messages rendant hommage au
défunt Guide suprême et commandant en chef de l’Iran, Ali Khamenei. Il a été détenu au secret
pendant cinq jours, pendant lesquels il a été retenu dans les locaux des services de la Sûreté de l’État,
où il a été interrogé en l’absence d’un avocat. Par la suite, le procureur a ouvert une enquête à son
encontre pour « atteinte aux intérêts nationaux », « mauvaise utilisation d’un téléphone portable »,
« incitation au conflit sectaire » et « entrave à l’unité nationale ».
Depuis le début de la guerre, le Koweït a adopté une série de mesures législatives et judiciaires de
grande envergure qui élargissent considérablement les pouvoirs de l’État au nom de la « lutte contre
le terrorisme » et de la protection de la sécurité nationale. Le 15 mars, le Conseil des ministres a
promulgué la Loi n° 47 de 2026 relative à la lutte contre le terrorisme, qui donne une définition large
des « actes terroristes » afin d’englober les actes visant à « contraindre une autorité publique à
accomplir ou à s’abstenir d’accomplir un acte quelconque », par exemple des actions à caractère
politique visant à influencer les décisions du gouvernement, et qui remplace la peine de réclusion à
perpétuité par la peine de mort. Le même jour a été promulguée la Loi n° 13 de 2026, qui érige en
infraction la diffusion de « fausses rumeurs » concernant des structures militaires, passible d’une
peine pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison.
Le 13 avril, le Koweït a adopté des modifications à la Loi sur la nationalité koweïtienne, qui
permettent de retirer la nationalité à des individus « si les intérêts suprêmes de l’État ou sa sécurité
extérieure l’exigent » ou si les autorités disposent de « preuves solides attestant qu’une personne
promeut des principes susceptibles de porter atteinte au système économique, social ou politique du
pays, ou qu’elle appartient à une organisation politique étrangère ».
Le 26 avril, les autorités ont annoncé avoir déchu plus de 1 200 personnes de leur nationalité en
vertu d’un décret émis par l’émir, sans plus de précisions. Selon deux personnes vivant au Koweït, ces
décisions de déchéance de nationalité instaurent un climat de peur et dissuadent les gens d’exercer
leur droit à la liberté d’expression.
Le Koweït avait déjà déchu de leur nationalité certains détracteurs du pouvoir en 2024.
Le 7 mai, le père de Fawaz Al Kathiri, un Koweïtien installé au Royaume-Uni qui critique le
gouvernement, a été déchu de sa nationalité, ainsi que toutes les personnes ayant acquis la
nationalité grâce à lui. Avant cette mesure, Fawaz Al Kathiri avait publié des vidéos mettant en cause
la réponse du Koweït aux attaques iraniennes et les arrestations en raison de publications liées à la
guerre sur les réseaux sociaux, parmi d’autres vidéos critiquant le gouvernement. Le décret pris par
l’émir ne précisait pas les motifs de cette déchéance. En juillet 2025, les autorités avaient déjà déchu
Fawaz Al Kathiri de sa nationalité, ainsi que ses enfants, sans fournir de justification.
Bahreïn
Entre le 1er et le 14 mars, les autorités bahreïnites ont annoncé l’arrestation de 47 personnes – dont
six étrangers – pour des contenus en ligne liés aux attaques iraniennes. Le 1er mars, elles avaient mis
en garde la population contre la publication ou la diffusion de rumeurs, d’informations ou
d’actualités « n’émanant pas des autorités officielles du Royaume ».
D’après des documents rassemblés par plusieurs organisations et défenseur·e·s des droits humains
bahreïnites, notamment le Centre Al Amal pour les droits humains et la justice et l’Institut de Bahreïn
pour les droits et la démocratie, et transmis à Amnesty International, le nombre d’arrestations dans
le cadre de la répression liée au conflit est bien plus élevé.
Selon ces documents, au 5 mai, plus de 303 personnes avaient été interpellées à Bahreïn,
notamment à la suite des manifestations organisées en hommage à l’ancien Guide suprême et
commandant en chef de l’Iran, Ali Khamenei. Au moins 38 d’entre elles ont ensuite été libérées,
d’après des organisations et des militant·e·s qui défendent les droits humains.
D’après un avocat représentant plusieurs détenus, au moins six d’entre eux n’avaient pas pu
consulter d’avocat au moment des interrogatoires et les avocats n’avaient pas pu entrer dans les
bâtiments du parquet.
Parmi les personnes arrêtées figurait Mansour Yassin, un artiste de 26 ans, au motif qu’il avait réalisé
une illustration représentant la main de l’ancien Guide suprême et commandant en chef de l’Iran.
Aux côtés de cinq personnes, il a été accusé d’avoir « exprimé de la sympathie » et « glorifié les actes
hostiles » de l’Iran. Il a été détenu pendant environ un mois avant d’être remis en liberté.
Les 28 avril et 12 mai, le ministère public a annoncé dans deux communiqués distincts qu’un tribunal
pénal avait condamné 34 personnes à des amendes et à des peines allant d’un à 10 ans de prison
pour avoir soutenu et approuvé « les attaques terroristes de l’Iran contre le Royaume », « obtenu et
diffusé des données sensibles interdites », « photographié des lieux soumis à des restrictions
d’accès » et « diffusé de fausses informations et des rumeurs sur les réseaux sociaux ».
Le 27 avril, les autorités avaient annoncé retirer la nationalité à 69 personnes, ainsi qu’à leurs
familles, au motif qu’elles avaient exprimé leur sympathie ou glorifié « les actes criminels et hostiles
de l’Iran » ou « s’étaient rendues complices de parties externes ». Le lendemain, le Parlement
bahreïnite a adopté un décret royal afin de modifier la loi régissant le système judiciaire, qui
supprime le réexamen des questions de citoyenneté et interdit de contester ou de faire appel des
décisions de déchéance de nationalité.
Amnesty International a recensé le cas d’une personne déchue de sa nationalité, tout comme un
membre de sa famille. Aucun des deux n’a été officiellement inculpé. Le 18 mars, Ali a été convoqué
par téléphone à la Direction générale de la police chargée de la cybercriminalité, sans être informé
du motif. Il s’est rendu le jour même au Bureau de la cybercriminalité, où des agents l’ont interrogé
au sujet d’une vidéo qu’il avait relayée sur les réseaux sociaux le 28 février, montrant une attaque
iranienne contre une base américaine à Bahreïn.
Ali a expliqué avoir informé les policiers qu’il avait supprimé la vidéo environ trois heures après
l’avoir republiée, et qu’il avait ensuite partagé un communiqué du ministère de l’Intérieur enjoignant
de ne pas diffuser de vidéos des attaques. Les policiers ont examiné son téléphone portable et
confirmé son témoignage. Ils ont alors expliqué qu’il s’agissait d’un malentendu et que, son casier
judiciaire étant vierge, il lui suffisait de signer un engagement confirmant sa loyauté envers Bahreïn
et promettant de ne pas publier de contenu susceptible de nuire au pays, ce qu’il a fait.
Le 27 avril, les services bahreïnites de l’immigration ont convoqué Ali et lui ont demandé de remettre
sa carte d’identité nationale ainsi que celles des membres de sa famille, l’informant que leur
nationalité avait été révoquée. Il a remis les documents le lendemain. Lorsqu’il a demandé quels
étaient les motifs, les employés lui ont répondu qu’il s’agissait de « décisions souveraines » et qu’ils
« ne faisaient qu’obéir aux ordres ».
Le 9 mai, les autorités bahreïnites ont expulsé Ali et un membre de sa famille vers un autre pays
après leur avoir délivré des passeports valables un an portant la lettre « R », qui pourrait signifier
« Révoqué ».
Le droit international relatif aux droits humains interdit formellement toute privation arbitraire de la
nationalité, et les États ne sauraient priver des individus ou leurs familles de leur citoyenneté pour
les punir d’avoir exprimé pacifiquement des opinions politiques ou des sympathies présumées.
Lorsque les autorités invoquent une implication dans des actes hostiles ou violents, la révocation de
la nationalité doit malgré tout reposer sur des preuves claires et individualisées, respecter la
procédure régulière et satisfaire aux critères de légalité, d’objectif légitime, de nécessité et de
proportionnalité.
Émirats arabes unis
Le 3 mars, la Direction de la sûreté de l’État des Émirats arabes unis a publié des directives
interdisant aux habitant·e·s de photographier, de publier ou de diffuser des contenus non confirmés
ou inventés, pour des raisons de sécurité. Du 3 mars au 8 avril, les autorités émiriennes ont annoncé
avoir interpellé et placé en détention au moins 375 personnes. Selon les déclarations officielles, elles
sont accusées d’avoir commis des actes tels que la publication et la diffusion de vidéos ou d’autres
contenus visuels, réels ou fabriqués de toutes pièces, qui ne constituent pas des infractions
reconnues par le droit international.
Lors d’un incident survenu le 20 mars, la police d’Abou Dhabi a annoncé l’arrestation [2] de
109 ressortissants de différents pays ayant « filmé des lieux et des événements et diffusé de fausses
informations via les plateformes de réseaux sociaux », ce qui pourrait « influencer l’opinion publique
et propager des rumeurs ». Des communiqués officiels ont précisé qu’elles avaient été arrêtées pour
avoir « publié des contenus glorifiant un État hostile ainsi que ses dirigeants politiques et militaires ».
En vertu du droit international, le fait de filmer une zone touchée par une frappe aérienne et de
diffuser des vidéos, des reportages ou des opinions en lien avec un conflit est protégé de façon
générale par le droit à la liberté d’expression et ne saurait constituer un motif d’arrestation ou de
poursuites pénales. Une arrestation ou des poursuites pour ce type d’activités doit respecter les
principes de légalité, d’objectif légitime, de nécessité et de proportionnalité.
Fin mars, des médias ont relaté que des dizaines de ressortissants britanniques avaient été placés en détention aux Émirats arabes unis pour avoir photographié ou filmé les attaques iraniennes, que la police procédait [3] à des inspections systématiques des téléphones dans les zones touchées par les frappes de drones, et que des dizaines de comptes de médias influents ayant partagé des vidéos des attaques n’étaient plus accessibles [4] aux utilisateurs des Émirats arabes unis.
En mars 2026, les autorités émiriennes ont demandé à Meta de restreindre l’accès à 18 comptes
Facebook et Instagram au motif qu’ils « rendaient compte de conflits géopolitiques régionaux et de
l’évolution de la situation en matière de sécurité ». Meta a conclu que ces contenus ne violaient pas
les Règles de sa communauté, mais a néanmoins restreint l’accès à ces comptes.
Aux Émirats arabes unis, la loi relative à la cybercriminalité, la Loi fédérale n° 34 de 2021, interdit de
partager des informations jugées « trompeuses » ou préjudiciables à la « réputation de l’État ». Elle
s’applique en parallèle du Code pénal et d’autres lois relatives à la sécurité nationale qui
criminalisent la critique des autorités, la diffusion d’informations sensibles et toute expression
considérée comme sapant les institutions de l’État.
Qatar
Le 28 février, les autorités qatariennes ont lancé un avertissement général, enjoignant à la
population de s’abstenir de donner crédit aux rumeurs, de relayer des vidéos non vérifiées ou de
partager des contenus sensibles. Elles ont ensuite annoncé l’arrestation de 313 ressortissants de
différents pays entre le 28 février et le 9 mars. Ils sont accusés d’avoir filmé et partagé des vidéos, et
diffusé des « informations trompeuses » et des rumeurs susceptibles d’« agiter l’opinion publique »,
ce qui ne constitue pas des infractions reconnues par le droit international.
En vertu de la loi qatarienne de 2014 relative à la cybercriminalité, les autorités érigent en infractions
la création ou la diffusion de contenus en ligne jugés contraires aux « valeurs sociales », à « l’ordre
public » et à d’autres dispositions générales et vagues qui permettent aux autorités de restreindre le
droit à la liberté d’expression, y compris la dissidence pacifique.
Arabie saoudite
Le 2 mars, le ministère saoudien de l’Intérieur a publié une mise en garde d’ordre général, enjoignant
à la population de se fier exclusivement aux sources officielles pour s’informer. Contrairement à
d’autres États du Conseil de coopération du Golfe (CCG), il n’a pas annoncé par la suite d’arrestation
liée à la liberté d’expression.
Toutefois, Amnesty International a constaté qu’au moins trois étrangers en Arabie saoudite avaient
été placés en détention en raison de publications en ligne liées à la guerre. En mars, des sources
diplomatiques ont fait état de l’arrestation de ressortissants de leur pays dans deux affaires
concernant le Népal [5] et les Philippines [6], tandis qu’Amnesty International a recensé une arrestation liée
à des propos sur la guerre.
Une personne a été placée en détention après avoir partagé des vidéos de frappes aériennes, et une
autre pour avoir diffusé des vidéos et d’autres contenus jugés « trompeurs » par les autorités au
sujet de la guerre. Une troisième a été arrêtée après avoir exprimé sa sympathie envers d’autres
parties au conflit.
Selon Meta, en avril 2026, l’Arabie saoudite lui a demandé de restreindre l’accès à 144 comptes et
pages sur les réseaux sociaux en raison de contenus liés à « des conflits géopolitiques régionaux,
l’évolution de la situation en matière de sécurité, la satire politique » ou « jugés contraires aux
sensibilités religieuses », en invoquant la loi relative à la lutte contre la cybercriminalité. Meta a
supprimé ces contenus ou en a restreint l’accès.
Ces restrictions alimentent un climat de peur. Ainsi, après une frappe contre un complexe
pétrochimique, un ouvrier a partagé des photos des dégâts, mais les a supprimées presque
immédiatement par crainte des représailles. Alors qu’il quittait son dortoir, des responsables ont
fouillé son téléphone et ceux de ses collègues pour s’assurer qu’aucune information n’avait été
relayée.
Un journaliste basé à Riyadh, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a confié que ces restrictions
entravent considérablement leur capacité à identifier des témoins et à recueillir des informations :
« Personne ne parle ouvertement de ce qui se passe ni de ce qu’il ressent. On ne peut pas savoir ce
que les gens pensent de ces restrictions, en raison du climat de méfiance qui s’ajoute à la peur des
frappes. »
En Arabie saoudite, de nombreuses formes d’expression, notamment en ligne, sont érigées en
infractions car perçues comme critiques à l’égard des politiques et des pratiques des dirigeants.
Émerge ainsi un environnement informatif extrêmement restrictif, où le journalisme indépendant est
bridé et où les sources officielles proches du pouvoir dominent.
