Soudan, L’accord de paix doit rendre dignité et justice à la population

Soudan Jebel Marra

La signature de l’accord de paix le 31 août entre le gouvernement soudanais et le Front révolutionnaire soudanais, une coalition de neuf formations politiques et groupes armés issus de différentes régions du pays, dont les États du Nil Bleu, du Darfour et du Kordofan du Sud ravagés par des conflits, doit faire écho à la quête de dignité et de justice de la population. Cet accord clôt 10 mois de négociations qui se sont déroulées à Djouba, au Soudan du Sud.

« L’accord de paix offre une lueur d’espoir aux millions de Soudanais·e·s qui vivent au Darfour, au Kordofan du Sud et dans le Nil Bleu, dont les droits humains ont été systématiquement bafoués par le gouvernement de l’ancien président Omar el Béchir et qui ont enduré de terribles violences imputables à toutes les parties au conflit, a déclaré Deprose Muchena, directeur pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe à Amnesty International.

« Toutes les parties doivent veiller à ce que cet accord de paix mette un terme à près de 20 années de souffrances infligées aux civil·e·s. Chacun·e doit pouvoir rentrer dans son foyer et commencer à reconstruire sa vie dans la dignité. »

« L’accord de paix offre une lueur d’espoir aux millions de Soudanais·e·s qui vivent au Darfour, au Kordofan du Sud et dans le Nil Bleu, dont les droits humains ont été systématiquement bafoués par le gouvernement de l’ancien président Omar el Béchir et qui ont enduré de terribles violences imputables à toutes les parties au conflit. »

Certains groupes armés n’ont pas signé l’accord, ce qui pourrait compromettre son succès. Le Mouvement/Armée de libération du Soudan - Abdul Wahid Nur (SLM/A-AW), l’un des principaux groupes armés au Darfour, a refusé depuis le début de participer aux pourparlers de paix. L’accord n’a pas non plus été conclu avec le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (MPLS-N), que dirige Abdel Aziz al Hilu et qui contrôle des secteurs du Kordofan du Sud et du Nil Bleu.

« Les signataires de cet accord doivent faire tout leur possible pour parvenir à une paix durable qui apportera justice et stabilité au pays, a déclaré Deprose Muchena.

« Le gouvernement doit aussi s’efforcer d’intégrer et d’impliquer d’autres groupes d’intérêt, comme les personnes déplacées à l’intérieur du pays et la société civile, afin qu’ils puissent apporter des solutions aux nombreux défis que le Soudan doit relever. »

Tout en haut de la liste des priorités figure la nécessité de remédier à l’absence historique de justice et d’obligation de rendre des comptes pour les violations des droits humains commises lors des conflits meurtriers depuis l’indépendance, et plus récemment sous le régime d’Omar el Béchir, qui a favorisé la culture de l’impunité dans le pays.

« La plupart des belligérants ayant validé cet accord, le gouvernement du Soudan doit maintenant mener des investigations approfondies, efficaces et impartiales sur les allégations de graves violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains perpétrées par les forces armées soudanaises et leurs milices alliées, ainsi que par les groupes armés d’opposition, a déclaré Deprose Muchena.

« Ce gouvernement doit apporter la stabilité, la justice et la responsabilisation, afin de remettre le pays sur les rails d’une solide reprise. »

Complément d’information
Le Soudan est un pays très divers d’un point de vue socioculturel, marqué par des conflits internes entremêlés, chroniques et complexes, depuis son indépendance en 1956. Arrivé au pouvoir en 1989, le gouvernement de l’ancien président Omar el Béchir a aggravé la situation car il a violemment réprimé les droits humains en s’appuyant sur des milices armées, dont certaines se sont muées en partis politiques militarisés qui se battent pour des communautés ethniques marginalisées dans les États du Darfour, du Kordofan du Sud et du Nil Bleu.

Le conflit au Darfour a éclaté en février 2003, lorsque le Mouvement/Armée de libération du Soudan (MLS/ALS), alors uni, et le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) ont déclaré la guerre au gouvernement. La réponse extrêmement brutale des forces armées gouvernementales, alliées aux milices janjawids, a fait environ 300 000 morts et plus de 2 millions de personnes déplacées sur une période de 17 ans.

En 2005, le Conseil de sécurité de l’ONU a saisi la Cour pénale internationale (CPI) de la situation au Darfour, à la suite de l’enquête menée par la Commission internationale d’enquête sur le Darfour. La Commission a conclu que des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre ont été commis au Darfour. La CPI a décerné des mandats d’arrêt contre quatre hauts responsables soudanais, dont l’ancien président Omar el Béchir.

Omar el Béchir est inculpé de cinq chefs d’accusation de crimes contre l’humanité – meurtre, extermination, transfert forcé, torture et viol ; de deux chefs de crimes de guerre – le fait de diriger intentionnellement des attaques contre une population civile ou contre des civils ne prenant pas part aux hostilités, et pillage ; et trois chefs d’accusation de génocide – meurtres de membres du groupe ciblé, atteinte grave à leur intégrité physique ou mentale, soumission intentionnelle du groupe ciblé à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique. Ces crimes auraient été commis entre 2003 et 2008.

Le conflit au Kordofan du Sud a éclaté en juin 2011 et s’est étendu à l’État du Nil Bleu en septembre 2011, lorsque les forces gouvernementales ont combattu le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (MPLS-N), contraignant pas moins de 200 000 civils à se réfugier au Soudan du Sud. Depuis neuf ans, 1,5 million de personnes ont été déplacées à l’intérieur de ces deux États.

La feuille de route pour la paix signée entre les belligérants en mars 2016 a apaisé les combats, permettant au panel de haut niveau de l’Union africaine, présidé par l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki, de piloter des négociations de paix, qui ont échoué malgré plusieurs tentatives. Les efforts de ce panel ont été rattrapés par les manifestations populaires de décembre 2018 qui ont conduit à l’éviction du président Omar el Béchir en avril 2019.

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