Zimbabwe : La répression des manifestations s’intensifie

• Huit personnes auraient été tuées
• Les autorités ont coupé l’accès à Internet
• Deux cents personnes ont été arrêtées arbitrairement

Les autorités zimbabwéennes doivent veiller à ce que les forces de sécurité fassent preuve de retenue et respectent les droits des personnes qui manifestent contre la forte hausse du prix des carburants, a déclaré Amnesty International ce mardi 15 janvier 2019, deuxième jour de grève générale au Zimbabwe.

Victimes de la répression, huit personnes au moins auraient été tuées par les forces de sécurité et 200 autres arrêtées arbitrairement.

Selon certaines informations, les forces de sécurité ont utilisé des armes à feu et des gaz lacrymogènes contre des personnes qui manifestaient contre la hausse de 150 % du prix des carburants dans des banlieues de Harare et de Bulawayo. À Epworth, une femme a été grièvement blessée par balle près d’un poste de police alors qu’elle se rendait à son travail, selon les médias. Un garçon a été touché au ventre par des tirs à Mbare.

« Des années de mauvaise gestion politique et économique ont mis l’économie du Zimbabwe à genoux. Des millions de Zimbabwéens sont affolés par les répercussions que l’augmentation des carburants va avoir sur leur vie quotidienne, notamment sur l’alimentation et les soins de santé », a déclaré Muleya Mwananyanda, directrice adjointe du programme Afrique australe d’Amnesty International.

« Les autorités zimbabwéennes doivent veiller à ce que les gens puissent exprimer leurs opinions librement et en toute sécurité, et elles doivent diligenter des enquêtes indépendantes et impartiales sur les allégations selon lesquelles la police a tiré sur des manifestants. Les policiers ne peuvent recourir à la force que lorsque cela est strictement nécessaire. Même dans ce cas, ils doivent faire preuve de retenue en toutes circonstances et utiliser le niveau de force le plus faible requis. L’usage des armes à feu n’est autorisé qu’en dernier recours, et lorsque cela est absolument inévitable, pour protéger des vies humaines.

« Les policiers ne peuvent recourir à la force que lorsque cela est strictement nécessaire. Même dans ce cas, ils doivent faire preuve de retenue en toutes circonstances et utiliser le niveau de force le plus faible requis. »

Amnesty International s’alarme également des mesures répressives prises par les autorités en réponse aux manifestations, notamment la coupure de l’accès à Internet pour empêcher la population de soutenir ou d’organiser des manifestations. De plus, des policiers et des militaires auraient roué de coups des personnes qui manifestaient et les auraient soumises à d’autres formes de mauvais traitements.

Le 13 janvier, le porte-parole du gouvernement, Nick Mangwana, a promis de sévir contre « les éléments déterminés à profiter des pénuries actuelles de carburant pour provoquer et encourager des troubles et de l’instabilité dans le pays ». Les forces de sécurité ont été déployées en nombre dans les rues des principales villes, notamment dans la capitale, Harare.

« Les autorités doivent mettre fin à la pratique consistant à arrêter arbitrairement des personnes qui participent aux manifestations. Les personnes arrêtées doivent être soit inculpées sans délai d’une infraction prévue par la loi, soit libérées », a déclaré Muleya Mwananyanda.

La Confédération syndicale du Zimbabwe (ZCTU), une organisation syndicale locale, a appelé à la grève générale, déclarant que les augmentations du prix des carburants étaient « insensées » et constituaient une « provocation ».

Le gouvernement a également accusé les organisateurs de la grève générale et les organisations de la société civile de chercher à déstabiliser le pays et de collaborer avec des « étrangers » pour y parvenir. Par la suite, les autorités ont exprimé des menaces voilées contre ces organisateurs « étrangers » sans les nommer, annonçant notamment qu’elles annuleraient leurs visas et qu’elles les expulseraient du Zimbabwe.

« Les organisateurs de la grève générale ne sont une menace pour personne - ils n’ont fait qu’appeler les gens à rester chez eux afin de protester pacifiquement contre la hausse des carburants », a déclaré Muleya Mwanayanda.

« Au lieu de menacer ceux qui critiquent le gouvernement, les autorités devraient s’attaquer aux causes profondes qui amènent les gens à descendre dans la rue et s’employer à bâtir une économie où aucun Zimbabwéen et aucune Zimbabwéenne ne seront laissés de côté. »

Par ailleurs, selon certaines informations, des postes de police ont été brûlés, des magasins pillés et des biens privés détruits, et le siège du principal parti d’opposition, le MDC, a été incendié.

Complément d’information

Le 12 janvier, le président Emmerson Mnangagwa a annoncé une hausse du prix des carburants, qui est entrée en vigueur le 13 janvier. Le prix du diesel et de l’essence, bases principales du transport des personnes et des biens de consommation au Zimbabwe, a augmenté de 150 %.

Le Zimbabwe souffre d’une pénurie chronique de dollars des États-Unis, devise adoptée comme monnaie de référence après l’abandon du dollar zimbabwéen en 2009 en raison de l’hyperinflation. Le pays a connu une pénurie de biens de consommation ces derniers mois, et certains magasins ont fermé leurs portes en raison du manque de dollars des États-Unis.

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