Omar Radi : le journaliste marocain qui ne se taira pas

Omar Radi

Le journaliste Omar Radi a appris à considérer qu’il est constamment surveillé. Il fait l’objet d’une filature quand il enquête sur une affaire, son ordinateur a été piraté et son téléphone a été la cible d’un logiciel espion sophistiqué.

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Les enquêtes d’Omar Radi portant sur des liens présumés entre des intérêts politiques et de grandes entreprises, ainsi que ses vives critiques concernant le bilan du Maroc en matière de droits humains lui ont valu d’être la cible de mesures de répression, les autorités cherchant à réduire au silence les voix dissidentes.

En mars, il a été condamné à une peine avec sursis de quatre mois d’emprisonnement en raison d’un Tweet envoyé l’an dernier fustigeant un juge en raison du procès inique et de l’emprisonnement d’un groupe de militant·e·s. Omar a formé un recours contre sa condamnation.

Même si les autorités ont passé au crible tous les aspects de sa vie, Omar est déterminé à continuer de parler des questions qui ont pour lui de l’importance. Il n’est pas inquiet pour sa propre sécurité, mais il éprouve des craintes pour ses proches, qui risquent de souffrir. « Ils peuvent vous attaquer par le biais de vos proches amis, en utilisant des choses personnelles. Alors peut-être qu’à cause de moi, ils vont faire du mal à ma famille et à mes amis », a-t-il indiqué.

« Ce n’est pas parce qu’on nous surveille que nous n’allons pas faire notre travail »

Au début du mois, le nom de sa colocataire a été publié sur un site d’actualités populaire qui, selon Omar, est parfois utilisé par les services du renseignement pour discréditer des journalistes. L’article en question les a accusés d’avoir « une relation illégale en dehors des liens du mariage » et a prétendu qu’Omar avait été aperçu ivre dans la rue. Le même article a aussi donné des précisions sur une conversation téléphonique qu’il avait eue avec un chercheur américain.

« Ils cherchent des prétextes pour nuire à ma réputation, pour saper ma crédibilité de façon publique », a-t-il expliqué, ajoutant que cet article visait également à lui faire savoir qu’il est surveillé.

Omar ne sait pas exactement comment ces informations personnelles ont été réunies, mais il pense qu’elles proviennent à la fois d’écoutes téléphoniques et d’une filature à l’ancienne.

Une nouvelle enquête menée par Amnesty a révélé que son téléphone a été ciblé de façon répétée du logiciel espion Pegasus de l’entreprise israélienne NSO Group, entre janvier 2019 et janvier 2020. Cet outil permet à un assaillant d’avoir silencieusement accès à tous les messages et courriels, au microphone, à l’appareil photo, aux appels et aux contacts.

Amnesty et d’autres intervenants ont rassemblé des informations sur un ensemble de cas où le logiciel espion de NSO a été utilisé pour cibler la société civile. Une précédente enquête menée par Amnesty l’an dernier a permis de découvrir que les militant·e·s marocains sont devenus les victimes de telles pratiques. L’un des sites malveillants qui, comme l’a montré cette enquête, ont été utilisés pour s’en prendre à l’universitaire et militant marocain Maati Monjib est également lié aux attaques visant Omar.

L’intensification de la surveillance des personnes qui critiquent le gouvernement va de pair au Maroc avec une augmentation du nombre d’arrestations et de poursuites judiciaires arbitraires. Depuis novembre 2019, Amnesty a réuni des informations sur dix cas de militant·e·s, dont Omar, qui ont été illégalement arrêtés, poursuivis en justice et condamnés à des peines d’emprisonnement pour outrage à fonctionnaires ou à des institutions, ou à la monarchie.

Omar a expliqué qu’il est de plus en plus difficile de faire du journalisme au Maroc. Au début de l’année, dans le cadre d’une enquête sur les abus liés aux droits fonciers, il a interviewé des villageois qui l’ont par la suite rappelé pour rétracter leurs déclarations, indiquant qu’ils avaient été menacés par la police. « J’ai fini par ne pas publier ce papier afin de protéger ces personnes, mais je pense que cela se reproduira. C’est comme cela que procèdent les autorités à présent », a-t-il déclaré.

Certaines régions du pays sont devenues des zones interdites pour lui. Il a indiqué que la région du Rif est « quasiment sous blocus militaire ». La dernière fois qu’il s’y est rendu, en 2017, pour un tournage, il a été détenu pendant 48 heures et il dit qu’il ne peut pas y retourner.

Depuis qu’Amnesty a confirmé, en février, que son téléphone avait été la cible d’un logiciel espion de NSO, il a prévenu ses proches amis, ses confrères et consœurs et ses contacts que des renseignements les concernant ont pu faire l’objet de fuites. Il tente à présent de faire le maximum pour contrecarrer cette surveillance, mais il dit que cela ressemble au combat de David contre Goliath.

« Mon objectif, c’est de leur compliquer la tâche, d’apprendre certains réflexes », a-t-il expliqué.

Omar essaie d’avoir les conversations sensibles en face à face avec les personnes autant que possible, d’utiliser aussi peu que possible le téléphone, et fait tout ce qu’il peut pour ne pas laisser de répit aux espions.

En raison de cette surveillance intensive à laquelle lui-même et d’autres personnes sont soumis, les projets de journalisme d’investigation mettent plus de temps à aboutir, mais il continue de faire son possible pour contourner ces obstacles.

« Ce n’est pas parce qu’on nous surveille que nous n’allons pas faire notre travail », a-t-il déclaré.

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