Face au Covid-19, un Yémen détruit par cinq années de guerre

Yémen_5 ans de guerre

À l’heure où le Covid-19 met le système de santé belge sous pression, un autre pays, du fait d’une guerre qui l’ensanglante depuis 5 années, se retrouve dans une situation de vulnérabilité extrême face au virus : le Yémen. En effet, les hôpitaux et les structures de santé du pays ont subi au cours de ce conflit des dizaines d’attaques délibérées – des crimes de guerre, donc – de la part de la coalition menée par l’Arabie saoudite, alimentée en armes par plusieurs pays occidentaux... dont la Belgique et la Région wallonne.

Rien qu’en 2018, 53 attaques ont touché des structures de santé. La dernière connue remonte au 13 mars dernier, quand des missiles ont frappé l’hôpital général Al-Thawra à Taizz (sud-ouest du Yémen). Résultat : alors même qu’environ 14,3 millions de personnes courent un risque imminent de famine et que 24 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire, seuls 51 % des établissements de santé yéménites sont en effet actuellement fonctionnels, selon un récent rapport d’Amnesty International.

Région wallonne et vente d’armes : un cynisme à toute épreuve

Ainsi donc, malgré le bombardement à répétition d’écoles, de maisons et d’hôpitaux par l’Arabie saoudite, malgré plusieurs décisions judiciaires et une opposition grandissante de la société civile aux exportations d’armes irresponsables, malgré les 75 000 signatures qu’Amnesty International lui a remises en novembre dernier, le ministre-président wallon, Elio Di Rupo n’a jamais jugé bon de mettre un terme aux transferts d’armes à l’Arabie saoudite.

Fin 2019, alors même qu’on estimait au même moment que plus de 233 000 Yéménites avaient déjà été tué·e·s à la suite des combats et de la crise humanitaire, dont une majorité de civil·e·s et des milliers d’enfants, le ministre-président wallon octroyait quelque 17 licences d’exportation d’armes pour l’Arabie saoudite. Durant le seul mois de décembre 2019, ce sont ainsi près de 180 millions d’euros d’armes wallonnes qui auraient été livrées à Riyad, enrichissant principalement trois entreprises : John Cockerill, FN Herstal et Mecar.

La poursuite de ce commerce avec l’Arabie saoudite par l’octroi de nouvelles licences d’exportation est d’un cynisme difficilement compréhensible. Il faut en effet savoir que, depuis 2015, la Wallonie a vraisemblablement fourni pour plus de 2,6 milliards d’euros d’armes à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, les deux principaux membres de la coalition active dans la guerre au Yémen.

Elio Di Rupo doit respecter la décision du Conseil d’État sur les ventes d’armes

En réponse à l’octroi de ces nouvelles licences d’exportation d’armes, trois organisations non gouvernementales, soutenues par Amnesty International, ont introduit une requête en extrême urgence au Conseil d’État, auxquelles il a donné raison le 9 mars dernier en suspendant l’ensemble des 17 licences. Ce verdict, Elio Di Rupo pourra difficilement l’ignorer, bien qu’aucun engagement à respecter la décision du Conseil d’État n’ait été formellement pris dans ce sens.

En permettant l’armement massif de l’Arabie saoudite, les ministres-présidents wallons successifs ont violé le droit (international et wallon) et ont rendu la Wallonie complice des atrocités commises au Yémen, notamment des crimes de guerre que sont les destructions délibérées des hôpitaux et autres structures de soins de santé.

En ce triste anniversaire du conflit au Yémen, à l’heure où la population civile risque d’être confrontée à une épidémie aux conséquences tragiques, il est plus que temps que le ministre-président wallon renonce à l’octroi de licences d’armes à l’Arabie saoudite (tant qu’elle continuera de commettre des crimes) et respecte scrupuleusement la décision du Conseil d’État.

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