Edito | Mais qui sont les violeurs ? Par Philippe Hensmans, directeur général de la section belge francophone d’Amnesty International

Les chiffres sont bien sûr effrayants. Le sondage à propos du viol et des violences sexuelles en Belgique que nous avons réalisé montre à suffisance que notre société est encore loin d’avoir clarifié avec elle-même la question du consentement. « Quand c’est non, c’est non ! » fut notre slogan lors de notre campagne en 2014. Six ans plus tard, même si beaucoup de choses ont changé, force est de reconnaître que, pour beaucoup, il faut hurler « non ! » pour être comprises : il ne suffit pas de ne pas dire « oui ».

Ce qui a commencé à changer, ce sont deux choses. D’une part, nos autorités se sont rendu compte qu’il y a encore du chemin à faire. Il y a aujourd’hui un numéro vert, des centres pluridisciplinaires pour les victimes de viol ont été ouverts, et surtout, le mouvement des femmes, via notamment « #MeToo », a permis d’étaler sur la place publique la réalité des souffrances subies par tant de femmes.

Mais si notre nouvelle campagne va essentiellement viser les jeunes garçons, c’est que bien trop souvent on fait porter la charge du problème aux femmes, aux victimes. C’est à elles qu’il appartient de se plaindre au plus vite, d’aller raconter leur drame devant des policiers parfois goguenards, puis de se rendre chez un·e gynécologue, et ainsi de suite. Pour résumer brièvement, elles sont deux fois victimes.

En écoutant les témoignages que nous avons reçus (courez voir la pièce Un fait divers de Laure Chartier, qui va largement circuler en Wallonie dans les mois qui viennent), et en relisant les statistiques, on se rend compte qu’il y a un élément fondamental qui é été oublié la plupart du temps : parmi ces hommes, ces frères, ces pères… qui hurlent à l’idée que leurs femmes, filles ou soeurs puissent se faire un jour violer, se trouvent ceux qui violent les femmes, les filles, les soeurs des autres. Ce sont des personnes que nous côtoyons tous les jours, qui sont aussi nos collègues d’études, nos collaborateurs au travail, nos amis. Il ne suffira certes pas de mener quelques campagnes de sensibilisation à la question du viol. Nos sociétés, et nous-mêmes, devons procéder à un examen de conscience en profondeur.

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