Écrire Il faut empêcher l’extradition de deux ouïghours vers la Chine

Deux hommes ouïghours appréhendés en novembre 2020, le dignitaire religieux Aimidoula Waili et son ami Nuermaimaiti Ruze, courent un risque élevé de renvoi forcé vers la Chine.

Depuis leur interpellation, ils sont incarcérés dans la prison centrale de Dhahban, près de Djedda, en Arabie saoudite, sans avoir été informés des motifs de leur arrestation ni inculpés.

Le 16 mars, les deux hommes ont été transférés de Djedda à Riyadh, décision dont on pense qu’elle annonce leur extradition imminente vers la Chine, où ils courraient un risque très élevé d’être détenus arbitrairement et torturés.

Les autorités saoudiennes doivent immédiatement suspendre leur extradition, qui constituerait un refoulement.

Aimidoula Waili est un dignitaire religieux chinois, membre de la minorité musulmane ouïghoure, qui a été soumis à des persécutions brutales par les autorités chinoises à partir de 2017 dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine. Âgé de 54 ans, père de quatre enfants, il avait déjà été arrêté au Xinjiang en août 2013 au motif que l’un des employés de son usine aurait incité à un soulèvement. Aimidoula Wailia a dit à Amnesty international qu’il avait été torturé en prison : il aurait été soumis à des décharges électriques et contraint à rester debout sur de la glace jusqu’à trois heures par jour, en pantoufles et en sous-vêtements. Après avoir purgé sa peine, il a été libéré en 2016 et a rejoint la Turquie, où il a obtenu un titre de séjour l’autorisant à rester dans ce pays pour une durée illimitée. En février 2020, il s’est rendu en Arabie saoudite depuis la Turquie avec un visa touristique pour effectuer la Omra, un pèlerinage religieux, avec son ami Nuermaimaiti Ruze.

Celui-ci, âgé de 46 ans et père de cinq enfants, s’est rendu en Arabie saoudite depuis la Chine pour la première fois en juin 2013 pour effectuer la Omra et s’est finalement installé à La Mecque, travaillant dans un restaurant avec un permis de séjour obtenu par parrainage.

Le Xinjiang est l’une des régions chinoises dont la population est le plus diversifiée sur le plan ethnique. Plus de la moitié de ses 22 millions d’habitant·e·s appartiennent à des groupes ethniques principalement d’origine turque et majoritairement musulmans, parmi lesquels les Ouïghours (environ 11,3 millions de personnes), les Kazakhs (environ 1,6 million de personnes) et d’autres populations dont les langues, les cultures et les modes de vie sont très différents de ceux des Hans, qui sont majoritaires en Chine « intérieure ».

Depuis 2017, sous prétexte de lutter contre le « terrorisme » et l’« extrémisme religieux », l’État chinois commet des violations systématiques et de grande ampleur à l’encontre de la population musulmane du Xinjiang. On estime que plus d’un million de personnes ont été placées en détention arbitrairement dans des camps d’internement un peu partout dans le Xinjiang depuis 2017.

En juin 2021, Amnesty International a publié un rapport montrant que des centaines de milliers de femmes et d’hommes musulmans dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, en Chine, étaient soumis à des détentions arbitraires, à un endoctrinement et à des actes de torture. Les témoignages d’anciens détenu·e·s des camps d’internement ont révélé les mesures extrêmes prises par les autorités chinoises depuis 2017 pour éradiquer les croyances et traditions religieuses musulmanes, ainsi que les pratiques culturelles et les langues locales des groupes ethniques musulmans de la région.

Le gouvernement chinois va très loin pour dissimuler les violations des droits humains perpétrées au Xinjiang et empêcher les membres de la diaspora ouïghoure de les dénoncer. Amnesty International a recensé de nombreux cas dans lesquels des Ouïghours, des Kazakhs et d’autres musulmans turcophones du Xinjiang avaient été détenus simplement pour avoir vécu, voyagé ou étudié à l’étranger ou pour avoir communiqué avec des personnes à l’étranger. Beaucoup ont été détenus simplement parce qu’ils étaient « en contact » avec des personnes qui vivaient, voyageaient ou étudiaient à l’étranger, ou communiquaient avec des personnes à l’étranger.

Amnesty International a lancé une campagne internationale appelant à fermer les camps d’internement, en s’appuyant sur plus de 70 dossiers détaillés concernant des personnes qui seraient actuellement détenues. En septembre 2021, plus de 300 000 signatures avaient été recueillies dans le monde entier pour exiger la libération de toutes les personnes actuellement détenues dans les camps d’internement et les prisons du Xinjiang.

Selon l’article 3 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, aucun État partie ne doit extrader une personne vers un pays où elle serait exposée au risque d’être soumise à la torture. L’Arabie saoudite est devenue partie à la Convention le 23 septembre 1997.

Les éléments de preuve recueillis par Amnesty International constituent une base factuelle qui permet de conclure que le gouvernement chinois a commis au moins les crimes contre l’humanité que sont l’emprisonnement, la torture et la persécution à l’encontre des Ouïghours, des Kazakhs et d’autres minorités ethniques à majorité musulmane.

Action terminée

Toutes les infos
Toutes les actions
2022 - Amnesty International Belgique N° BCE 0418 308 144 - Crédits - Charte vie privée
Made by Spade + Nursit