Ahmed Douma est un poète, écrivain et militant égyptien, pris pour cible en raison de ses activités politiques et de son rôle de leader dans la Révolution du 25 janvier 2011, et de ses critiques ouvertes des gouvernements égyptiens successifs. Les forces de sécurité l’ont interpellé, alors qu’il était âgé de 25 ans, le 12 janvier 2012, en lien avec sa participation à un sit-in devant le siège du gouvernement. Remis en liberté trois mois plus tard, il a de nouveau été arrêté le 3 décembre 2013 dans le cadre d’une vague d’interpellations au lendemain de la promulgation de la loi sur les manifestations (Loi n° 107/2013) qui restreint le droit de réunion pacifique.
Tout au long de sa détention, il a été soumis à la torture et à des mauvais traitements, notamment la privation délibérée de soins médicaux, et maintenu à l’isolement pendant des périodes prolongées, au total quatre ans et huit mois, entre décembre 2013 et janvier 2020.
Ahmed Douma souffrait de graves douleurs dans différentes parties du corps du fait du confinement dans sa cellule pendant plus de 22 heures par jour, dans des conditions déplorables. Il souffre de douleurs aux genoux et au dos en raison du manque d’exercice et de l’absence de lit, voire de matelas, lorsqu’il était détenu à l’isolement. Il a également souffert d’hypertension, d’insomnie, de migraines constantes, de grave dépression et de crises de panique.
En février 2015, il a été déclaré coupable et condamné à 15 ans d’emprisonnement en lien avec sa participation à des manifestations anti-gouvernementales à l’issue d’un procès manifestement inique à caractère politique destiné à le sanctionner pour ses activités militantes. En juillet 2020, la Cour de cassation, la plus haute juridiction en Égypte, a confirmé sa déclaration de culpabilité et sa peine. Le 19 août 2023, Ahmed Douma a été relâché à la faveur d’une grâce présidentielle, après avoir passé une dizaine d’années derrière les barreaux.
Depuis sa libération en 2023, Ahmed Douma est soumis à des interrogatoires par le service du procureur général de la sûreté de l’État dans le cadre de sept affaires distinctes, et fait l’objet de toute une série de mesures restrictives - interdiction arbitraire de voyager et obstacles pour s’inscrire à des études de troisième cycle notamment. Les autorités le prennent pour cible uniquement en raison de ses publications en ligne, qui dénoncent notamment les conditions dans les prisons égyptiennes et les restrictions imposées aux anciens détenus incarcérés pour des raisons politiques.
Le 9 avril 2026, une chambre consultative a ordonné le renouvellement de sa détention provisoire pendant 15 jours, le ministère public ayant fait valoir qu’il présentait un risque de fuite, de falsification de preuves ou d’atteinte à l’ordre public. Ses avocats ont avancé qu’Ahmed Douma a des lieux de résidence connus et s’est présenté de son plein gré lorsqu’il a été convoqué par le passé. Ils ont ajouté que la Constitution égyptienne limite le recours à la détention dans les affaires liées à des publications.
L’Égypte est partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), qui garantit le droit à la liberté d’expression.
Les autorités égyptiennes ont démontré leur intolérance persistante vis-à-vis de la dissidence, qu’elle soit réelle ou perçue, en ciblant les journalistes, militant·e·s, avocat·e·s, responsables politiques d’opposition et autres personnes qui critiquent la politique gouvernementale ou dénoncent les multiples violations des droits humains.
Amnesty International a publié des informations sur les vagues d’arrestations à répétition et les nombreuses personnes poursuivies uniquement pour avoir exercé leurs droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique. Les personnes détenues dans des affaires politiques sont fréquemment soumises à des détentions arbitraires prolongées, notamment sous la forme de placements en détention provisoire renouvelés automatiquement par des procureurs et des juges sans véritable révision judiciaire.
Amnesty International a également relevé à plusieurs reprises que les droits constitutifs du droit à un procès équitable étaient systématiquement bafoués en Égypte, en particulier dans les affaires à caractère politique, notamment le droit à l’assistance d’un avocat de son choix pendant l’interrogatoire initial par la police, le droit à une défense adéquate, le droit de ne pas témoigner contre soi-même, le droit à la présomption d’innocence, le droit d’être jugé par un tribunal compétent, impartial et indépendant lors d’un procès équitable et public, et le droit d’être protégé de la torture et des mauvais traitements.