Leqaa Kordia est une Palestinienne musulmane de 33 ans qui est venue aux États-Unis avec un visa de visiteur pour voir sa mère, dont elle était séparée depuis l’enfance. Elle a ensuite obtenu un visa étudiant pour apprendre l’anglais. Sa mère a par ailleurs déposé une demande de visa pour raisons familiales. Cette demande a été acceptée par les services de l’immigration en 2021. Mal conseillée, Leqaa a interrompu son visa étudiant en pensant que l’acceptation de sa demande pour raisons familiales lui conférait désormais une situation régulière au regard de la législation sur l’immigration dans l’attente de sa carte verte, si bien qu’elle s’est retrouvée sans titre de séjour.
Leqaa a perdu environ 175 membres de sa famille au cours du génocide commis par Israël à Gaza, qui continue. Depuis 2023, elle s’est rendue à plusieurs manifestations dans le New Jersey et à proximité du lieu où elle habitait. Le 30 avril 2024, elle a participé à un rassemblement devant l’entrée de l’université Columbia. Des agents de la police de New York ont ordonné aux manifestant·e·s de se disperser. Ils ont arrêté Leqaa avec d’autres personnes et l’ont libérée le lendemain. Les poursuites engagées contre elle pour refus de se disperser ont été abandonnées par la suite.
En janvier 2025, Donald Trump a publié deux décrets ordonnant l’arrestation, le placement en détention et l’expulsion des personnes n’ayant pas la nationalité américaine qui auraient exprimé leur soutien aux droits des Palestinien·ne·s, ce qu’Amnesty International a condamné. Les services de l’immigration ont commencé à identifier des personnes qu’ils soupçonnaient d’avoir manifesté en faveur des droits du peuple palestinien sur des campus universitaires ou aux abords de ces lieux.
Le procès-verbal de l’arrestation de Leqaa en 2024 leur a été transmis par la police de New York. Le 6 mars 2025, des agents de l’immigration se sont rendus au domicile de Leqaa pour interroger sa mère, qui l’a appelée en leur présence. Ils ont informé Leqaa qu’il y avait un problème avec son statut migratoire et qu’ils avaient besoin de parler avec elle.
Peu après, elle s’est présentée au bureau local du Service de contrôle de l’immigration et des douanes des États-Unis (ICE) à Newark, dans le New Jersey, accompagnée de son avocate. Leqaa a été arrêtée immédiatement, alors que l’ICE avait conclu qu’elle présentait un risque peu élevé en termes de sécurité publique, de fuite ou d’antécédents judiciaires. Elle a été transférée le soir même au centre de détention de Prairieland, au Texas, loin de son avocate et de sa famille, où des violations des droits humains avaient déjà été constatées par le passé.
Le dossier d’immigration de Leqaa est traité au Texas.
Depuis avril 2025, deux audiences de libération sous caution ont eu lieu devant un juge de l’immigration, qui a ordonné à chaque fois que Leqaa soit remise en liberté contre paiement d’une caution de 20 000 dollars.
Cependant, l’ICE a empêché sa libération en utilisant, et en demandant à la Commission des recours en matière d’immigration, l’application de sursis automatiques et discrétionnaires. Leqaa tente également d’obtenir sa libération par le biais de la justice fédérale.
Ses droits religieux ont été bafoués à plusieurs reprises en détention. Pendant le ramadan en 2025, le personnel pénitentiaire a refusé systématiquement de lui fournir ou de lui mettre de côté de la nourriture jusqu’à l’heure de la rupture du jeûne, ce qui ne lui a laissé d’autre choix que de rompre son jeûne avant l’heure si elle ne voulait pas rester affamée. Elle n’a reçu qu’un seul repas halal depuis qu’elle est détenue et les autres repas qui lui ont été servis ne sont souvent pas conformes à ses restrictions alimentaires d’ordre religieux et la rendent malade.
Par conséquent, elle a perdu beaucoup de poids – presque 25 kg – depuis le début de sa détention. Son état de santé s’est gravement dégradé en raison des conditions de son incarcération et du manque de nourriture adaptée.
Le 6 février 2026, Leqaa est tombée dans la douche après avoir perdu connaissance et s’est cogné la tête, ce qui a déclenché une crise d’épilepsie. Elle n’avait jamais fait de malaise ni de crise d’épilepsie auparavant. Elle a été emmenée dans un hôpital des environs, où elle a été soignée, puis ramenée en détention au bout de trois jours. Pendant toute son hospitalisation, l’ICE lui a attaché les mains et les jambes avec de lourdes chaînes fixées à son lit et l’a empêchée d’entrer en contact avec ses avocat·e·s et ses proches, qui n’ont pu obtenir aucune information sur son état jusqu’à ce qu’elle sorte de l’hôpital.
Selon ses médecins, son malaise pourrait être dû au manque de sommeil, à l’alimentation insuffisante et au stress. Par ailleurs, on ne lui a pas fourni de vêtements couvrant suffisamment le corps pour la prière et elle ne dispose pas d’un endroit propre pour prier, comme le prescrit sa religion. Enfin, le personnel a ignoré ses demandes pour être prévenue quand des hommes entrent dans son dortoir lorsqu’elle ne porte pas son voile.
En plus de sa demande de titre de séjour permanent pour raisons familiales, Leqaa a déposé des demandes d’asile, de suspension de son expulsion et de protection en vertu de la Convention contre la torture. Avant son arrestation, elle vivait dans le New Jersey et participait à la prise en charge de deux membres de sa famille proche souffrant de problèmes de santé ou de handicaps.