Éthiopie, Les autorités interdisent les manifestations, les qualifiant d’« illégales et injustifiées »

Éthiopie manifestations

Les autorités éthiopiennes ont interdit les rassemblements pacifiques prévus le 28 octobre contre les homicides à caractère ethnique, en violation directe des droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique.

Le Mouvement national Amhara (NAMA), parti politique de l’opposition, avait appelé à manifester en raison des nombreux membres de la minorité ethnique amhara tués ces derniers mois. Le 27 octobre, la police a empêché des responsables du NAMA de se rendre au siège de leur parti à Addis-Abeba et de se rendre dans divers lieux où les manifestations devaient se dérouler dans l’État régional d’Amhara.

Le 26 octobre, le porte-parole du gouvernement régional d’Amhara, Gizachew Muluneh, a qualifié les manifestations d’« illégales et injustifiées » et a averti que les forces de sécurité régionales seraient déployées, et que l’éventualité de violences n’était pas à écarter en cas de maintien des manifestations.

On a constaté une recrudescence des violences ethniques meurtrières ciblant les Amharas dans diverses régions du pays, notamment dans les États régionaux de Benshangui, d’Oromia et dans la région des Nations, nationalités et peuples du Sud.

« Ces homicides sont odieux et sonnent comme un signal d’alarme : les autorités éthiopiennes doivent garantir le droit à la vie. Les citoyen·ne·s ont le droit de manifester et de réclamer justice pour les vies perdues. Les autorités doivent veiller à déployer les forces de sécurité dans le but de faciliter et de gérer les manifestations lorsqu’elles ont lieu, et non dans le but de les disperser ou de dissuader les participant·e·s », a déclaré Deprose Muchena, directeur à Amnesty International pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe.

D’après le gouvernement éthiopien, au moins 45 personnes ont péri en septembre, tuées par des groupes de jeunes armés ciblant les Amharas dans l’État de Benshangui. En octobre, 31 homicides ont été recensés dans la région des Nations, nationalités et peuples du Sud, dans le cadre d’attaques similaires.

« Ces homicides sont odieux et sonnent comme un signal d’alarme : les autorités éthiopiennes doivent garantir le droit à la vie. Les citoyen·ne·s ont le droit de manifester et de réclamer justice pour les vies perdues. »

« Il faut commencer par mener des enquêtes approfondies, efficaces et impartiales sur tous les cas d’homicides en vue d’amener les responsables présumés à rendre des comptes, mais aussi mettre en place des mesures qui permettent de s’assurer que les manifestations se déroulent sans violence », a déclaré Deprose Muchena.

Dans l’Oromia, au moins 160 personnes ont été tuées en juin, notamment des dizaines de membres de groupes minoritaires ethniques et religieux, selon les chiffres de la police fédérale, à la suite des violences qui ont éclaté après l’assassinat du musicien populaire oromo Hachalu Hundessa. Si certaines manifestations sont restées pacifiques, d’autres ont dégénéré lorsque des jeunes bien organisés ont attaqué des membres de minorités ethniques et religieuses.

Par ailleurs, depuis le mois d’août, les forces de sécurité éthiopiennes ont recouru à une force excessive pour disperser les manifestant·e·s pacifiques qui réclament la libération des leaders de l’opposition incarcérés Jawar Mohammed et Bekele Gerba, faisant au moins 20 morts dans les zones de l’Ouest Hararghe et de Bale, en Oromia.

« Les gens ont le droit de manifester pour exercer leurs droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique. Ils ne devraient pas être tués, blessés ni arrêtés simplement parce qu’ils expriment leurs opinions, mais devraient au contraire pouvoir compter sur la protection des autorités lorsqu’ils exercent leur droit de se réunir pacifiquement », a déclaré Deprose Muchena.

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