Sri Lanka, les droits humains sont menacés dans le cadre de la crise économique qui frappe le pays

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Alors que la population sri-lankaise est confrontée à une crise économique catastrophique, le gouvernement doit protéger les droits humains de tous·tes et garantir un environnement propice à l’expression pacifique de la dissidence, a déclaré Amnesty International dans une synthèse publiée le 6 mai 2022.

Dans ce document intitulé ‘From Bad to Worse : Rights Under Attack During Sri Lanka’s Economic Crisis’, Amnesty International appelle également la communauté internationale à soutenir le Sri Lanka dans sa reprise, conformément aux obligations en matière de coopération et d’assistance internationales, en mettant l’accent sur les groupes marginalisés qui sont particulièrement exposés.

« La crise au Sri Lanka illustre parfaitement l’interdépendance et l’interrelation des droits économiques et sociaux avec les droits civils et politiques. À ce titre, les droits humains doivent être au cœur des discussions sur l’avenir économique du pays, a déclaré Yamini Mishra, directrice régionale pour l’Asie du Sud à Amnesty International.

« Nous invitons la communauté internationale à intervenir dans la mesure du possible afin d’apporter au Sri Lanka l’assistance financière et technique nécessaire. Il faut notamment alléger la dette et fournir de l’aide, en fonction d’une évaluation de la situation fondée sur les droits humains, en vue de garantir que la crise économique n’engendre pas une crise humanitaire ».

« Nous invitons la communauté internationale à intervenir dans la mesure du possible afin d’apporter au Sri Lanka l’assistance financière et technique nécessaire »

Le Sri Lanka est confronté à une crise de la balance des paiements et à une grave pénurie de devises étrangères aggravées par les confinements liés au COVID-19, les réductions d’impôts antérieures à la pandémie et la perte d’accès aux marchés internationaux de capitaux. Actuellement, les réserves de change sont très basses, ce qui rend extrêmement difficile l’importation de médicaments essentiels, de denrées alimentaires, de gaz de cuisine et de carburant, et affecte tous les principaux secteurs, notamment l’éducation, la santé et les moyens de subsistance.

Au moins cinq personnes sont mortes alors qu’elles faisaient la queue pour des produits de base et à ce jour, 75 personnes sont parties au Tamil Nadu en Inde en quête d’un refuge économique. Des milliers de personnes au Sri Lanka sont descendues dans la rue pour manifester leur résistance en utilisant des slogans créatifs, l’art, le théâtre, la danse, la musique et la technologie. Leurs revendications portent sur la démission du président et du Premier ministre, mais aussi sur l’obligation de rendre des comptes pour les violations généralisées des droits humains, l’unité et l’harmonie interethniques et religieuses. Selon les informations recueillies par Amnesty International, ces manifestations ont été majoritairement pacifiques. Cependant, dans plusieurs cas, les autorités sri-lankaises ont illégalement restreint le droit à la liberté de réunion pacifique, y compris en recourant à la force, aux gaz lacrymogènes et aux détentions arbitraires.

Les autorités doivent respecter les droits à la liberté de mouvement, à la liberté et à la sécurité de la personne. En outre, le Sri Lanka a ratifié le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) et est tenu, tant individuellement que par le biais de l’assistance et de la coopération internationales, de garantir les droits économiques et sociaux – notamment les droits à la santé, à l’éducation, à la sécurité sociale, à une alimentation adéquate et à un niveau de vie suffisant.

« Le FMI a recommandé que « les filets de sécurité sociale soient renforcés, en augmentant les dépenses, en élargissant la couverture et en améliorant le ciblage, afin d’atténuer les effets néfastes sur les groupes vulnérables » »

En février dernier, le Fonds monétaire international (FMI) a recommandé que « les filets de sécurité sociale soient renforcés, en augmentant les dépenses, en élargissant la couverture et en améliorant le ciblage, afin d’atténuer les effets néfastes de l’ajustement macroéconomique sur les groupes vulnérables ». Or, à ce jour, les seules propositions approuvées par le conseil des ministres du Sri Lanka portent sur des aides ponctuelles fournies pendant trois mois aux familles à faibles revenus. Le gouvernement doit financer et étendre de toute urgence les systèmes de sécurité sociale et veiller à offrir une protection contre les répercussions de la crise à toute la population, y compris aux groupes marginalisés.

Amnesty International a noté que les mesures d’austérité adoptées dans plusieurs pays dans le contexte de crises économiques ont gravement affecté la protection des droits économiques et sociaux. En Grèce et en Espagne, elles ont rendu les soins de santé moins accessibles et moins abordables, et ont eu un impact particulier et disproportionné sur les personnes à faibles revenus, notamment sur les personnes âgées, celles qui ont besoin de soins et de traitements de santé mentale, celles qui souffrent de handicaps ou de maladies chroniques.

« Il faut tirer les leçons d’expériences similaires à travers le monde pour éviter des effets graves, a déclaré Yamini Mishra. Toute mesure d’austérité introduite au Sri Lanka doit se fonder sur une évaluation des droits humains et doit être ouverte à l’examen et aux retours de la population dans le cadre d’un processus inclusif et participatif. Enfin, toutes les solutions doivent être explorées avant d’être adoptées. Les mesures d’austérité ne doivent pas toucher de manière disproportionnée les groupes marginalisés et doivent rester strictement provisoires. »

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