Mexique, aucune avancée pour résoudre la crise des droits humains

Une année s’est presque écoulée depuis la prise de fonctions du président Andrés Manuel López Obrador, mais son gouvernement n’a guère accompli d’avancées significatives pour résoudre la crise des droits humains au Mexique, a déclaré Amnesty International le 19 novembre, présentant un bilan des principaux points à l’ordre du jour dans le pays à l’occasion de la publication de son rapport intitulé Cuando las Palabras No Bastan [Quand les paroles ne suffisent pas].

 « Le gouvernement du président Andrés Manuel López Obrador a montré une volonté de faire avancer certains dossiers, surtout en ce qui concerne la question des disparitions dans le pays. Cependant, un an après la prise de fonctions de ce gouvernement, aucun changement significatif n’a pu être observé dans le quotidien des millions de personnes confrontées à une très grave crise en matière de droits humains depuis plus de 10 ans. Les niveaux de violence extrêmement élevés qui portent atteinte au droit à la vie, l’utilisation généralisée de la torture, le taux alarmant de violence contre les femmes et une stratégie de militarisation des opérations de sécurité plus évidente que jamais sont autant d’exemples de la tragique réalité de la situation au Mexique », a déclaré Erika Guevara Rosas, directrice du programme Amériques à Amnesty International.
 
En août, le gouvernement a fait une annonce encourageante en confirmant que le Mexique allait reconnaître la compétence du Comité des Nations unies contre les disparitions forcées pour examiner des communications concernant des cas individuels, accédant ainsi à une des demandes maintes fois réitérées par les familles de personnes disparues et par les organisations de défense des droits humains. Cette mesure n’a toutefois pas encore été mise en œuvre.
 

« Nous observons qu’il y a un véritable gouffre entre ce que le gouvernement annonce et les mesures qu’il prend ensuite. Il promet un traitement plus humain pour les personnes migrantes et pour celles qui ont besoin d’une protection internationale, mais il demande en même temps à la Garde nationale de les poursuivre et de les arrêter. Il dit qu’il protège les défenseur·e·s des droits humains et les journalistes, mais il les discrédite publiquement. Il est préoccupant de constater que les violations des droits humains sont toujours la règle au Mexique, et non l’exception », a ajouté Erika Guevara Rosas.
 
Le gouvernement du président Andrés Manuel López Obrador ne s’est pas éloigné de façon nette de la stratégie de forte militarisation des opérations de sécurité adoptée par ses prédécesseurs, il a refusé de reconnaître que la torture est pratiquée de façon généralisée, et il a durci la politique migratoire du pays. De plus, il a indûment restreint et mis en péril l’exercice de la liberté de réunion pacifique, et il stigmatise de façon persistante les journalistes et les organisations de la société civile qui critiquent sa politique, entretenant un climat d’hostilité à l’égard des journalistes, des défenseurs des droits humains et de leurs organisations.
 
Par ailleurs, la violence liée au genre exercée contre les femmes et les filles demeure généralisée au Mexique. Les politiques mises en place par les pouvoirs publics et les lois qui ont été adoptées n’ont pas suffi pour lutter contre le nombre grandissant d’homicides, de disparitions et d’autres graves violations des droits humains dont sont victimes des femmes et des filles dans tout le pays. Si le gouvernement a fait un pas dans la bonne direction en septembre, quand il a présenté un projet de loi prévoyant une amnistie pour les femmes ayant avorté, il lui reste encore beaucoup à accomplir pour garantir le respect des droits sexuels et reproductifs à travers le pays.
 
« De nombreux problèmes restent à régler en ce qui concerne la violence liée au genre. L’éradication des féminicides constitue la plus grande urgence à laquelle doit s’attaquer le gouvernement. Les chiffres enregistrés au Mexique entre le mois de janvier et le 30 septembre de cette année font état de 748 victimes de féminicide, avec une moyenne mensuelle en hausse. Aucune mesure concrète ne semble en vue à court ou moyen terme qui permettrait de contrer la réticence à enquêter de façon sérieuse sur les cas de féminicide et de mettre fin à l’impunité », a déclaré Tania Reneaum Panszi, directrice d’Amnesty International Mexique.
 

Amnesty International estime que pour améliorer de façon substantielle la situation des droits humains, le gouvernement doit cesser de blâmer les précédents gouvernements et accepter d’endosser la responsabilité de ce qui se passe actuellement dans le pays, et chercher des solutions pour résoudre les graves problèmes auxquels le Mexique est confronté en la matière, en veillant à ce que toute sa politique soit axée sur le respect des droits humains et de ses obligations internationales.
 
Les recommandations adressées par l’organisation au président Andrés Manuel López Obrador portent notamment sur la démilitarisation de la Garde nationale, la mise en place d’une politique publique exhaustive de prévention et de protection des défenseurs des droits humains et des journalistes dans une perspective collective et communautaire, l’éradication des pratiques illégales de renvoi des migrants en situation irrégulière, en garantissant l’accès à l’asile pour les personnes dont la vie est en péril, et la garantie d’enquêtes exhaustives, indépendantes et impartiales sur les assassinats de femmes liés au genre.
 
Figurent parmi les autres questions que le gouvernement doit aborder de toute urgence : les droits des peuples indigènes et la protection de leurs territoires ; les violences auxquelles sont confrontées les personnes LGBTI ; le respect des droits sexuels et reproductifs ; et l’exercice des droits sociaux et économiques.
 
« Le gouvernement du président Andrés Manuel López Obrador dispose d’un solide mandat et de la possibilité historique d’amener le pays à changer de cap. Nous l’exhortons à relever le défi qui consiste à marquer une nouvelle étape dans l’histoire du pays en ce qui concerne le respect des droits humains de toutes les personnes  », a déclaré Tania Reneaum Panszi.

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