Nicaragua : Les violences et la répression s’intensifient, malgré les efforts visant à favoriser le dialogue

Le Nicaragua demeure empêtré dans un cycle de violence, malgré les nombreux efforts de la société civile pour entamer un dialogue national et les appels d’organisations internationales demandant de mettre fin aux graves violations des droits humains commises par des agents de l’État et des groupes affiliés.

Amnesty International continue d’observer et de rendre compte de la grave crise des droits humains dans le pays et confirme que la répression étatique et les violences se sont intensifiées ces dernières semaines. Selon le Centre nicaraguayen des droits humains (CENIDH), le nombre de victimes s’élève à plus de 190, tuées pour la plupart par la police et les groupes armés progouvernementaux. Le harcèlement des journalistes et des défenseurs des droits humains se poursuit, tout comme les restrictions d’accès au droit à la santé pour les manifestants blessés.

« Le regain de violence et les attaques contre les civils par des agents du gouvernement et des groupes armés progouvernementaux agissant avec leur aval ces derniers jours mettent en lumière le manque de sincérité du président Daniel Ortega et le manque de volonté de résoudre cette crise pacifiquement, a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice du programme Amériques d’Amnesty International.

«  Le gouvernement du Nicaragua ne peut pas continuer d’appeler au dialogue, tout en se rendant responsable de graves violations des droits humains et de crimes relevant du droit international et en s’abstenant de prendre toutes les mesures en son pouvoir pour stopper la violence. »

En outre, on constate une hausse du nombre de personnes privées illégalement de liberté par des groupes de citoyens, tandis que les détentions arbitraires aux mains des forces de sécurité de l’État dans le cadre des manifestations perdurent. Environ 70 personnes seraient actuellement détenues, en violation des règles fondamentales du droit international. Plus de 2 100 personnes auraient été blessées et de nombreux bâtiments publics et privés ont été incendiés.

Selon les informations reçues, au 19 juin, deux mois après le début de la répression, au moins trois personnes ont été exécutées de manière extrajudiciaire par des membres de la police nationale et de groupes armés progouvernementaux, et une trentaine de personnes blessées dans les villes de Masaya et Ticuantepe.

Au moins 10 personnes ont perdu la vie dans le cadre des manifestations du week-end, dont huit auraient été tuées par des groupes armés progouvernementaux et des membres de la police nationale. Parmi les victimes, une famille de six personnes, dont un bébé de huit mois et une fillette de deux ans, qui ont péri dans l’incendie de leur maison à Managua. Plusieurs témoins, dont une victime, ont déclaré que le feu a été déclenché par la police et les groupes armés progouvernementaux.

Granada, Nagarote, Bilwi, Jinotega et Nindirí ont récemment été ajoutées à la liste des villes où des habitants ont été tués par des tierces parties et auraient été victimes d’exécutions extrajudiciaires ou blessés par des forces de sécurité de l’État et des groupes armés progouvernementaux.

Par ailleurs, Amnesty International a reçu des informations faisant état d’autres mesures sans précédent : des petits avions survolant Jinotepe et certains quartiers de Managua, vaporisant sur les manifestants de la cyperméthrine (un insecticide qui provoque vomissements, étourdissements et vertiges chez les humains) et des véhicules du ministère de la Santé semble-t-il utilisés – tout comme des véhicules se faisant passer pour des ambulances de la Croix-Rouge, comme l’a souligné cet organisme lors d’une conférence de presse – pour transporter des groupes armés progouvernementaux.

Selon les informations émanant du personnel médical de l’hôpital Bautista à Managua, au cours des dernières semaines, le nombre de personnes soignées pour des blessures par balles a augmenté, alors que les blessures causées par des balles en caoutchouc sont quasiment inexistantes. Amnesty International estime que la stratégie délibérée de l’État consistant à recourir à la force meurtrière, qu’elle a dénoncée dans son récent rapport intitulé Shoot to kill : Nicaragua’s strategy to repress protest, s’intensifie.

Le gouvernement du président Daniel Ortega doit immédiatement ordonner la fin de la répression. Il doit ordonner à la police nationale et à la police antiémeutes de respecter strictement les normes internationales sur l’usage légitime de la force et de démanteler les groupes armés progouvernementaux. Il est crucial que le Nicaragua s’acquitte de ses obligations internationales afin de protéger les droits humains de tous, sans distinction, et de prendre des mesures afin d’assurer la fin des violences.

Selon les informations émanant du personnel médical de l’hôpital Bautista à Managua, au cours des dernières semaines, le nombre de personnes soignées pour des blessures par balles a augmenté, alors que les blessures causées par des balles en caoutchouc sont quasiment inexistantes.

Amnesty International demande le déploiement immédiat du Groupe interdisciplinaire d’experts indépendants (GIEI) afin de mener une enquête approfondie sur les violences et les graves atteintes aux droits humains qui secouent le pays depuis le 18 avril. En outre, le gouvernement doit accorder l’autorisation de circuler librement au Nicaragua aux organisations internationales, ainsi qu’au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, qui a récemment reçu la permission de se rendre dans le pays et doit bénéficier de conditions lui permettant de faire son travail et de recenser les violations des droits humains.

Le 22 juin, la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) remettra au Conseil permanent de l’Organisation des États américains (OEA) son rapport final sur sa récente visite au Nicaragua et les graves violations des droits humains qu’elle y a recensées. Les États membres de l’OEA ont ainsi l’occasion de renforcer leur position régionale condamnant les violations des droits humains et la responsabilité de l’État du Nicaragua.

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