Des coqs ensanglantés devant le Parlement wallon

Ce mercredi 28 mars, des militants d’Amnesty International ont disposé 300 coqs en caoutchouc ensanglantés devant le Parlement wallon à Namur pour dénoncer l’immoralité de la Région wallonne qui poursuit irrémédiablement ses ventes d’armes irresponsables à l’Arabie saoudite.

« Alors que la guerre au Yémen est entrée dimanche dans sa quatrième année, provoquant l’une des pires crises humanitaires, il est temps que la Wallonie cesse d’armer des pays comme l’Arabie saoudite, qui violent massivement et en toute impunité les droits humains et se rendent responsables de crimes de guerre », explique Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International.

« Il est temps que la Wallonie cesse d’armer des pays comme l’Arabie saoudite, qui violent massivement et en toute impunité les droits humains et se rendent responsables de crimes de guerre »

La section belge francophone d’Amnesty International a profité de la plénière du Parlement en présence du ministre-président, pour accueillir Willy Borsus et des parlementaires avec 300 coqs hardis factices ensanglantés, peints de couleur rouge sang, sur un fond sonore évoquant les bombardements de l’Arabie saoudite au Yémen. Les banderoles présentant le même coq ont été déployées autour du bâtiment par des militants portant un masque de coq.

Cette action a eu lieu dans le cadre de la campagne #WallonieImmorale, lancée par la section belge francophone d’Amnesty International à l’occasion des fêtes de Wallonie en septembre dernier. Par le biais notamment d’une pétition, l’organisation demande à la Région wallonne, outre la suspension des transferts d’armes vers tous les pays où elles pourraient servir à commettre des violations graves des droits humains ou du DIH, de garantir que les exportations d’armes se fassent dans le strict respect des engagements internationaux.

En fournissant des armes à des pays violant gravement les droits humains et le droit international humanitaire, la Wallonie ne respecte pas le Traité sur le commerce des armes ratifié par la Belgique, dans laquelle elle s’engage notamment à interdire le transfert d’armes lorsqu’elle a connaissance du risque de violations graves des droits humains et du droit humanitaire. Ce faisant, la Région wallonne viole par ailleurs son propre décret de 2012 sur le commerce des armes — calqué sur la Position commune de l’Union européenne en la matière. Cette dernière prévoit comme critère le respect des droits humains dans le pays de destination finale et le respect du droit international humanitaire.

« Alors qu’ à travers le monde et dans de nombreux pays européens, la pression monte et que des pays revoient leur politique allant même, comme l’Allemagne, jusqu’à suspendre les futures licences pour les transferts d’armes à destination de pays directement impliqués dans le conflit au Yémen, la Wallonie en persistant dans son commerce immoral et mortifère avec l’Arabie saoudite risque de se retrouver bien isolée », insiste Philippe Hensmans.

« Il est plus que temps que la Région wallonne change elle aussi son fusil d’épaule en cessant d’armer le criminel de guerre saoudien et en trouvant parallèlement des solutions pour sauver l’emploi dans l’industrie wallonne de l’armement. »

Complément d’information

Le royaume saoudien est, de loin, le premier partenaire commercial de la Wallonie en ce qui concerne l’armement. Quelque 33,5 millions d’euros d’armes wallonnes ont été vendues à l’Arabie saoudite en 2016 et plus d’un tiers des licences d’exportations wallonnes sont allées vers ce pays entre 2012 et 2016. Pourtant, Riyad mène une coalition responsable, dans le cadre de la guerre faisant actuellement rage au Yémen, de nombreuses attaques ayant délibérément touché des structures civiles, ce qui constitue des crimes de guerre. La Wallonie a par ailleurs accordé des licences d’exportation de matériel de remplacement et de maintenance pour véhicules terrestres au Bahreïn, lequel pourrait servir à réprimer la dissidence et la société civile.

Le 11 septembre 2017, lors d’une rencontre avec des représentants d’Amnesty International, le ministre-président Willy Borsus s’est engagé à entreprendre une consultation avec l’ensemble des parties prenantes au dossier. À cette occasion, il s’est vu remettre une pétition signée par plus de 13 000 personnes en Belgique francophone, en quelques semaines, demandant au précédent ministre-président, Paul Magnette, et à la Région wallonne, de suspendre les ventes d’armes à ces pays « bourreaux ».

Un mois plus tard, violant outrageusement le Traité sur le commerce des armes, Willy Borsus a octroyé 28 nouvelles licences d’armes vers l’Arabie saoudite, alors même que le Parlement fédéral a adopté et voté en juin 2017 une résolution pour la suspension des exportations d’armes au Royaume saoudien. En réaction, en décembre dernier, la Ligue des droits de l’Homme et la CNAPD, soutenues par la section belge francophone d’Amnesty International, ont introduit devant le Conseil d’État un recours en suspension et en annulation des licences d’exportation d’armes.

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