Il est temps que la Wallonie respecte enfin ses engagements

Tandis que se tient cette semaine, à Genève, la 5e Conférence des États parties au Traité sur le commerce des armes (TCA), Amnesty International appelle au respect de ce texte essentiel, notamment par la Belgique, qui, via la Région wallonne, a continué à vendre des armes à des pays coupables de graves violations des droits humains et du droit international humanitaire, comme l’Arabie saoudite.

« Alors que les négociations sont en cours en vue de la formation d’un gouvernement wallon, nous insistons sur l’importance du respect des engagements pris par la Belgique et la Wallonie », explique Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International. « Les armes wallonnes, de grande qualité, méritent mieux qu’un marketing axé essentiellement vers des criminels de guerre et qui, du reste, pourraient un jour se retourner contre nous. »

Adopté par l’Assemblée générale des Nations unies en avril 2013 et entré en vigueur le 24 décembre 2014, le TCA est un traité international qui fixe, pour la première fois, des interdictions dans le but de mettre fin aux transferts entre États d’armes, de munitions et d’articles connexes, lorsque l’on sait qu’ils seront utilisés pour commettre ou faciliter un génocide, des crimes contre l’humanité ou des crimes de guerre. Chaque année, une évaluation est effectuée afin d’analyser s’il existe un risque « majeur » que des exportations d’armes contribuent à de graves violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains.

Dans ce cadre, Amnesty International présente quelques faits marquants sur le commerce mondial des armes, fondés notamment sur les données recueillies par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI [1]), Small Arms Surveyh [2] (l’Annuaire sur les armes légères) et Uppsala Conflict Data Program [3] (Programme de collecte de données sur les conflits de l’Université d’Uppsala), ainsi que sur les informations contenues dans le dernier Rapport annuel au Parlement wallon [4] (paru en avril 2018).

Arabie saoudite / Yémen

  • L’Arabie saoudite était en 2017 le principal client de la Région wallonne en matière d’achat d’armes. De 2014 à 2018, l’Arabie saoudite est devenue le plus grand importateur d’armes du monde [5].
  • De 2014 à 2018, plus de 4 000 [6] véhicules blindés ont été livrés à l’Arabie saoudite par l’Autriche, le Canada, la France, la Géorgie, l’Afrique du Sud et la Turquie, et 338 tanks ont été livrés par les États-Unis. La société belge CMI équipe les véhicules blindés vendus par le Canada de tourelles-canons de char, dans le cadre d’un contrat de 3,2 milliards d’euros signé en 2014.
  • Les États-Unis et le Royaume-Uni sont de loin les principaux fournisseurs de Riyad.
  • Les importations d’armes en Arabie saoudite ont augmenté de 225 % [7] de 2013 à 2017.

Les transferts vers le Moyen-Orient

  • 27% des exportations de la Région wallonne étaient à destination du Proche et Moyen-Orient en 2017.
  • Les transferts d’armes à destination du Moyen-Orient ont augmenté de 87 % [8] entre 2009-2013 et 2014-2018.
  • Plus de la moitié [9] des exportations d’armes américaines était destinée au Moyen-Orient entre 2014-2018.
  • En 2014-2018, 59 % [10] des exportations d’armes du Royaume-Uni étaient destinées au Moyen-Orient. Dans l’immense majorité, il s’agissait de livraisons d’avions de combat à l’Arabie saoudite et à Oman.

Armes légères et de petit calibre

  • D’après les estimations [11] de Small Arms Survey, plus d’un milliard d’armes à feu [12] sont en circulation dans le monde, pour la grande majorité entre les mains de civils.
  • On dénombre environ 21 armes à feu pour 100 habitants aux États-Unis, 53 au Yémen, 39 au Monténégro et en Serbie, et 35 au Canada et en Uruguay.
  • En 2017, le Venezuela et le Salvador présentaient les taux les plus élevésh [13] de mort violente par arme à feu.
  • Small Arms Survey estime [14] que sur une période de 50 ans, la production mondiale de fusils d’assaut militaires, de carabines, de pistolets et de mitrailleuses lourdes et légères variera entre 36 et 46 millions d’unités.

Dépenses mondiales en armements

  • D’après les estimations du SIPRI, la valeur totale des transferts internationaux d’armes en 2017 s’élevait au moins à 95 milliards de dollars [15].
  • La Région wallonne a autorisé des ventes pour près de 621 millions d’armes en 2017 [16], dont 153 millions (soit un quart de l’ensemble des exportations) à l’Arabie saoudite, son principal client.
  • Les ventes des 100 premiers fabricants d’armes s’élevaient à un montant estimé à 398,2 milliards de dollars [17] en 2017.
  • Concernant les dépenses militaires dans le monde en 2018, la part des États-Unis se montait à 36 % [18].
  • Exportations et importations mondiales des principales armes classiques.
    Les États-Unis sont de loin le plus grand exportateur d’armes du monde.
  • Les États-Unis sont de loin le plus grand exportateur d’armes du monde. Entre 2014 et 2018, l’Arabie saoudite a été le principal destinataire, absorbant 22 % [19] des exportations américaines.
  • Le volume des transferts d’armes internationaux est en constante augmentation depuis 2003, année où il a atteint son plus haut niveau depuis la fin de la Guerre froide.
  • Les cinq principaux exportateurs d’armes sur la période 2014-2018 étaient les États-Unis, la Russie, la France, l’Allemagne et la Chine. Ensemble, ces pays ont totalisé 75 % [20] des exportations mondiales.
  • Les cinq plus grands importateurs d’armes sur cette période étaient l’Arabie Saoudite, l’Inde, l’Égypte, l’Australie et l’Algérie. Ensemble, ils ont totalisé 35 % [21] des importations d’armes.

Les principaux exportateurs mondiaux et leurs clients

En 2014-2018, voici les principaux clients des cinq premiers exportateurs du monde :

  • États-Unis : Arabie saoudite (22 % du total des exportations), Australie (7,7 %), Émirats arabes unis (6,7 %)
  • Russie : Inde (27 %), Chine (14 %), Algérie (14 %)
  • France : Égypte (28 %), Inde (9,8 %) Arabie saoudite (7,4 %)
  • Allemagne : Corée du Sud (19 %), Grèce (10 %), Israël (8,3 %)
  • Chine : Pakistan (37 %), Bangladesh (16 %), Algérie (11 %)

Le bilan humain

  • 2 436 351 personnes sont mortes dans des conflits armés depuis 1989 – dont plus de 77 320 en 2018 – selon le Programme de collecte de données sur les conflits de l’Université d’Uppsala [22].
  • En 2017, le nombre de morts violentes a connu une très forte hausse dans le monde : environ 589 000 [23] personnes ont perdu la vie de manière violente. Cette flambée de violence armée fut la plus meurtrière en Amérique centrale, en Amérique du Sud et dans les Caraïbes.
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