Résister n’est pas un crime, mais un droit

Dans le contexte d’une multiplication des mouvements de contestation à travers le monde, il est essentiel de rappeler avec insistance que résister, manifester pacifiquement n’est pas un crime, mais un droit fondamental.

Des rues de Hong Kong à La Paz, en passant par Quito, Barcelone, Beyrouth et Santiago, une immense vague de citoyens a déferlé, descendant dans les rues pour exercer ce droit et réclamer le changement à ceux qui sont au pouvoir. Malheureusement, la plupart des gouvernements ont choisi de réagir face à ces manifestations de manière totalement disproportionnée, injustifiée et par conséquent illégale

Amnesty International a recensé des signes d’abus et d’atteintes aux droits humains lors des manifestations en Bolivie, au Liban, au Chili, en Espagne, en Irak, en Guinée et à Hong Kong.

À Amnesty International, nous insistons toujours sur le fait que manifester pacifiquement n’est pas un crime, mais un droit fondamental. La plupart des gouvernements ont choisi de réagir face à ces manifestations de manière totalement disproportionnée, injustifiée et par conséquent illégale.

Les manifestants exercent leurs droits fondamentaux et devraient être autorisés à le faire. Fait tout aussi essentiel, les raisons qui les poussent à descendre dans la rue sont souvent liées à des préoccupations en lien avec les droits humains.

Voici quelques principaux éléments déclencheurs qui incitent les populations à manifester.

Corruption

Les allégations de corruption au sein des gouvernements ont contribué à déclencher des vagues massives de contestation au Chili, en Égypte et au Liban.

Fin septembre, des milliers de personnes ont pris part à des manifestations à travers toute l’Égypte. Beaucoup se sont rassemblées place Tahrir, au Caire, célèbre depuis le soulèvement de 2011 qui a conduit à la chute du précédent chef de l’État, Hosni Moubarak. C’est une série de vidéos virales [1] dénonçant des faits de corruption au sein des plus hauts cercles de l’armée égyptienne qui est à l’origine de ce mouvement.

Au Liban, l’un des principaux cris de ralliement pour la démission du gouvernement – et plus largement le renouvellement de la classe politique – concerne la corruption présumée du gouvernement et son incapacité à réaliser les droits sociaux et économiques élémentaires. Il est révélateur que les citoyens réclament que tous les ministres et représentants des pouvoirs publics rendent des comptes pour ce qui, selon eux, constitue des détournements de fonds publics.

Si l’abus de biens publics lié à des faits de corruption relève du pénal, c’est aussi une question de droits humains car bien souvent, des fonds destinés à des services élémentaires sont détournés. Au titre du droit relatif aux droits humains, les gouvernements sont tenus d’utiliser au mieux les ressources afin de garantir que la population puisse vivre dans la dignité.

Coût de la vie

Là où la corruption est un motif de préoccupation, le coût de la vie l’est aussi. Au Chili, les étudiants ont lancé des manifestations lorsque le gouvernement a annoncé une augmentation du prix des transports à Santiago, la capitale du pays.

Depuis, la contestation a fait boule de neige et recouvre désormais les nombreuses politiques gouvernementales qui font peser un fardeau sur les droits économiques, culturels et sociaux des simples citoyens chiliens. Les préoccupations de la population quant aux inégalités sont illustrées par le fait que le Chili [2] présente l’une des plus fortes inégalités de revenus.

Les inquiétudes légitimes de la population face à l’augmentation du coût de la vie sont aggravées par les politiques d’austérité sévères qu’imposent de nombreux gouvernements, comme c’est le cas en Égypte et en Équateur.

En Équateur [3], la décision du gouvernement de supprimer les subventions sur le carburant a déclenché des protestations de grande ampleur contre un ensemble de mesures d’austérité contestées, et le gouvernement a dû faire marche arrière.

Les conséquences des mesures d’austérité sur les populations ne peuvent que s’aggraver. Un rapport [4] prévoit qu’en 2021, deux-tiers de tous les pays du globe seront touchés par l’austérité, qui frappera près de six milliards de personnes. On estime que le coût humain englobera les millions de personnes qui se retrouveront au chômage du fait de ces mesures et auront peu de perspectives de trouver un nouvel emploi.

Justice climatique

Les injustices criantes en matière de changement climatique et de dégradation environnementale sont à l’origine d’un nombre croissant de manifestations depuis un an. Des militants autochtones qui mènent la charge contre la dégradation environnementale [5], à l’émergence de mouvements de désobéissance civile qui font régulièrement la une au Royaume-Uni et aux manifestations de grande ampleur contre la gestion par le gouvernement des feux de forêt en Bolivie [6], de plus en plus de citoyens descendent dans les rues pour exprimer leur mécontentement quant à la manière dont leurs dirigeants font face à cette crise.

L’un des moments phares fut cette semaine de septembre au cours de laquelle plus de 7,6 millions de personnes [7] ont pris part à des grèves pour le climat dans 185 pays. Ces manifestations étaient à l’initiative de Fridays for Future (« Les vendredis pour l’avenir »), un mouvement de jeunes initié par la militante suédoise Greta Thunberg, qui a commencé à faire grève devant le Parlement de son pays il y a un peu plus d’un an.

Amnesty International a remis au mouvement Fridays for Future sa plus prestigieuse distinction cette année, le prix Ambassadeur de la Conscience. Lors de la remise de ce prix, Greta Thunberg a déclaré : « Ce prix revient à ces millions de personnes, de jeunes, qui dans le monde entier, ensemble, forment le mouvement Fridays for Future. Tous ces jeunes courageux qui luttent pour leur avenir. Un avenir qu’ils devraient pouvoir considérer comme acquis. Hélas, force est de constater que ce n’est pas le cas. »

Liberté politique

Ce mois-ci, nous assistons à des mobilisations et manifestations massives à Barcelone et dans toute la Catalogne, depuis que la Cour suprême espagnole a condamné 12 leaders et militants politiques catalans.

En Inde, des manifestations ont éclaté après que le gouvernement indien a pris la décision unilatérale de révoquer l’article 370 de la Constitution, qui garantissait le statut spécial d’autonomie du Jammu-et-Cahemire, et de séparer l’État en deux territoires de l’Union distincts. Tous ces amendements et modifications ont été apportés dans le contexte d’une coupure totale des communications, d’un couvre-feu imposé aux déplacements et d’arrestations massives de militants et leaders politiques dans la région.

Hong Kong est le théâtre d’une contestation liée aux libertés politiques sans doute parmi les plus étendues et les plus soutenues cette année. Les manifestations ont démarré en avril 2019 lorsque le gouvernement de Hong Kong a soumis un projet de loi qui prévoyait d’autoriser les extraditions vers la Chine continentale.

Les Hongkongais ont déferlé dans les rues – en nombre record. Si le gouvernement a fini par renoncer à adopter ce projet de loi, le mouvement s’est mué en une revendication beaucoup plus générale en faveur du changement, réclamant notamment un examen approfondi de la conduite de la police et des réformes politiques leur permettant de choisir eux-mêmes les leaders de Hong Kong.

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