Le coût d’une non-approbation de la légalisation de l’avortement en Argentine Par Mariela Belski, directrice d’Amnesty International Argentine

Si l’Argentine approuve la légalisation de l’avortement, cela représentera un nouveau modèle en matière de protection des droits des femmes.

Et cela amènera l’Argentine au niveau des pays qu’elle tient à égaler, notamment les États membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qu’elle souhaite rejoindre. En effet, l’Argentine redouble d’efforts pour remplir les critères d’adhésion à l’OCDE.

Le président argentin Mauricio Macri a lancé le débat sur la légalisation de l’avortement, mais il s’est abstenu d’exprimer une position ferme sur cette question. La Chambre des députés a approuvé à titre préliminaire un projet de loi visant à dépénaliser l’interruption de grossesse jusqu’à la 14e semaine de grossesse. Le Sénat examinera ce projet de loi le 8 août.

Le président argentin n’a cependant pas anticipé les répercussions, qui ne seront sans doute pas anodines, qu’entraîne le fait de ne pas soutenir une position particulière, permettant dès lors aux législateurs de voter en toute conscience. Cette attitude a conduit à l’émergence de plusieurs courants au sein du parti au pouvoir. La vice-présidente et le président du groupe parlementaire du parti au pouvoir au Sénat s’opposent à ce projet de loi, alors d’autres hauts représentants du gouvernement, tels que le ministre de la Santé, le soutiennent.

Cette dichotomie au sein du gouvernement montre par ailleurs que certains éléments du parti au pouvoir sont très proches de la position de la hiérarchie de l’Église catholique. Or, lors des débats, d’éminents représentants de l’Église ont participé à une campagne incluant des actions et des stratégies très discutables, allant de la diffusion d’informations erronées à la proposition de maintenir les dispositions en vigueur depuis 1921 qui dépénalisent l’avortement uniquement en cas de danger pour la santé ou la vie de la femme enceinte ou en cas de viol.

Apparemment, certaines personnes en Argentine veulent s’orienter dans une direction à l’opposé de celle empruntée par le reste du monde.

Alors qu’en Europe les pays renforcent leur législation pour garantir le droit des femmes à l’interruption de grossesse (récemment par référendum en Irlande, pays pourtant fortement influencé par le catholicisme), le gouvernement argentin maintient une position ambiguë quant à l’importance de la légalisation de l’avortement.

Cette ambiguïté va coûter très cher au gouvernement au niveau national. Les grandes manifestations en faveur de la dépénalisation qui ont eu lieu lors des débats à la Chambre des députés ont fait les grands titres des journaux dans le monde entier, et le mouvement en Argentine en faveur de l’avortement ne cesse de gagner du terrain. Ainsi, une étude menée par Amnesty International montre que 60 % des personnes interrogées disent soutenir la légalisation de l’avortement. De plus, plus de 63 % considèrent que l’Église devrait rester en dehors de ce débat. Le pourcentage de personnes interrogées qui partagent cet avis atteint même 70 % dans des districts clés tels que ceux de la ville de Buenos Aires et de la province de Buenos Aires, deux des plus importants bastions du gouvernement. Il est frappant de constater que dans ces deux zones administratives, le chef du gouvernement et la gouverneure se sont expressément exprimés contre le projet de loi.

Dans la région comme dans le reste du monde, l’Argentine est admirée pour sa politique en matière de droits humains depuis les années 1980. Le pays s’est doté de lois progressistes dans des domaines tels que l’égalité en ce qui concerne le mariage, l’identité de genre, l’aide à la procréation, la responsabilité parentale et l’indemnisation du travail domestique. Depuis les années 1960, la majorité des pays dans le monde se sont orientés vers la légalisation de l’avortement, mus par les valeurs égalitaires de respect des droits des femmes et du droit à la protection de la santé.

La dépénalisation de l’avortement n’est pas une concession accordée aux femmes ; il s’agit d’un impératif en matière de droits humains que l’Argentine néglige depuis des années. Les traités internationaux signés par le pays l’y engagent. La reconnaissance et le respect des droits des femmes sont essentiels pour entrer dans la modernité une fois pour toutes, et pour se mettre sur un pied d’égalité avec les pays développés auxquels l’Argentine veut ressembler.

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