Les accomplissements d’une vie : hommage à quatre héros des droits humains Anna Neistat, directrice générale chargée des recherches à Amnesty International

Le 26 février, les plus grandes stars de Hollywood vont se rassembler à Los Angeles pour la cérémonie des Oscars. Le plus grand événement du monde du cinéma offrira une parenthèse bienvenue face à la réalité d’une année marquée par des atteintes aux droits humains dans chaque pays ou presque.

Des périodes comme celle que nous vivons peuvent faire ressortir ce qu’il y a de meilleur en nous, et mobiliser des citoyens du monde entier pour se battre en faveur de ce qui est juste. Comme dans les films, des circonstances extraordinaires peuvent parfois transformer des gens ordinaires en héros.

De par le monde, de nombreux militants courageux prennent de grands risques personnels pour défendre les droits fondamentaux. Puisque c’est la saison des récompenses, Amnesty International rend hommage à quatre héros des droits humains dont la vie tragique pourrait inspirer des films.

Itai Peace Dzamara

Cela fait presque deux ans que le journaliste et militant zimbabwéen Itai Peace Dzamara a été extirpé d’un fauteuil de coiffeur par cinq hommes armés alors qu’il se faisait couper les cheveux.

Dzamara, dirigeant du mouvement pro-démocratie Occupy Africa Unity Square, était depuis longtemps considéré comme un ennemi de l’État par le gouvernement zimbabwéen. Deux jours avant son enlèvement, il s’était exprimé devant les participants d’un rassemblement de l’opposition à Harare et avait appelé à mener une action de grande ampleur pour lutter contre la détérioration des conditions économiques au Zimbabwe.

Si c’était un film, la justice aurait été rendue depuis belle lurette. Dzamara aurait retrouvé sa femme et ses enfants, et les hommes qui l’ont enlevé auraient eu à rendre des comptes.

Mais nous ne sommes pas à Hollywood. Nous sommes au Zimbabwe, où les droits et les libertés fondamentales ont été piétinés tout au long des années du règne de Robert Mugabe. Itai Peace Dzamara et sa famille ne l’ignorent pas, quiconque ose s’exprimer devient la cible d’actes d’intimidation et de harcèlement, et risque l’arrestation, sans « happy end » en vue.

Alors qu’une décision de justice a ordonné aux agents de sécurité de l’État d’enquêter sur la disparition de Dzamara, les investigations restent lacunaires et le mystère demeure sur ce qui lui est arrivé.

Berta Cáceres

Le Honduras présente le taux le plus élevé d’assassinats de militants du droit à la terre et de défenseurs de l’environnement dans le monde, par rapport à sa population. Dans leur grande majorité, ces meurtres ne sont jamais élucidés ni punis.

Dans ce contexte meurtrier, l’histoire de Berta Cáceres sort du lot. Berta était la dirigeante et la cofondatrice d’une association qui faisait campagne contre la construction d’un barrage hydroélectrique sur les terres ancestrales de communautés indigènes au Honduras.

Dans la nuit du 2 mars 2016, elle a été assassinée dans sa propre maison. Berta savait qu’elle agissait au péril de sa vie, mais était prête à prendre le risque de se battre pour les communautés autochtones.

Tout comme le public qui regarde un film d’horreur, l’entourage de Berta voyait se profiler ce terrible danger – et se trouvait réduit à l’impuissance pour le contrer.

Malgré l’avertissement très clair qu’a adressé son assassinat, les défenseurs de l’environnement au Honduras affirment qu’ils n’envisagent absolument pas d’arrêter leur travail – car personne ne viendra défendre leurs communautés et leurs droits. Ils poursuivent chaque jour le travail de Berta, rappelant qu’il ne faut jamais tenir la liberté pour acquise.

Il est essentiel que l’assassinat de Berta ne reste pas impuni, pour montrer que ceux qui agressent et tuent des défenseurs de l’environnement devront en payer le prix. L’histoire de Berta a connu une fin tragique, et nous continuerons de nous battre jusqu’à ce que nous soyons sûrs que d’autres militants ne subiront pas le même sort.

Sirikan Charoensiri

Sirikan Charoensiri, également connue sous le nom de « June », est une jeune avocate qui défend avec courage les droits humains dans une période sombre du régime militaire en Thaïlande. En juin 2015, elle se trouvait sur le lieu d’une manifestation pacifique organisée par des étudiants pro-démocratie à Bangkok afin d’observer la situation et de fournir une aide juridique le cas échéant.

Elle se trouve désormais accusée de sédition et pourrait être jugée devant un tribunal militaire en même temps que ses clients. Elle est également poursuivie dans le cadre de deux autres affaires en lien avec l’assistance juridique qu’elle a fournie aux étudiants militants et risque jusqu’à 15 ans de prison.

Alors que les autorités thaïlandaises intensifient leur répression au nom de la sécurité, les citoyens qui se mobilisent pour les droits humains à travers le pays ont de plus en plus de démêlés avec un gouvernement qui cherche à faire taire la dissidence.

Comme l’a expliqué June : « Nous sommes aujourd’hui dans un environnement où le risque est visible et imminent. »

Narges Mohammadi

En Iran, les défenseurs des droits humains et les détracteurs pacifiques sont en butte à un harcèlement constant. Au cours de l’année écoulée, parmi ceux qui ont été emprisonnés à l’issue de procès inéquitables devant des tribunaux révolutionnaires figurent des avocats, des blogueurs, des étudiants, des défenseurs des droits des femmes, des cinéastes et même des musiciens.
La défenseure des droits humains Narges Mohammadi sait mieux que quiconque à quel point les autorités iraniennes peuvent se montrer cruelles envers toute personne qui exprime des opinions divergentes. Elle purge actuellement une peine de 22 ans de prison au total pour s’être exprimée sur des questions comme l’usage fréquent de la peine de mort en Iran et les attaques à l’acide contre les femmes.

Sa situation est d’autant plus inquiétante qu’elle est gravement malade et ne peut pas recevoir de soins médicaux adaptés en prison. Faisant preuve de cruauté, les autorités l’ont parfois empêchée de communiquer avec ses jeunes enfants, qui ont dû quitter l’Iran pour rejoindre leur père en France après son incarcération.

Narges est une prisonnière d’opinion à qui les autorités devraient rendre hommage, au lieu de l’enfermer en raison de son action en faveur des droits fondamentaux. Nous resterons mobilisés jusqu’à ce qu’elle soit libre.
Itai, Berta, Sirikan et Narges comptent parmi les nombreux militants des droits humains exceptionnels dans le monde qui méritent d’être reconnus, mais qui sont réduits au silence par les forces de la cruauté, de l’injustice et de la répression. Passez à l’action maintenant et rejoignez-nous pour les défendre.

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