Selon les résultats de cette recherche, Amnestie internationale considère que le droit à un logement convenable n’est ni respecté ni mis en œuvre.
"Les histoires de vie des personnes qui habitent à Manawan montrent que les standards de logement convenable ne sont pas atteints. En outre, les droits à l’éducation, à la santé, à la vie privée, à la sécurité et à la vie ne sont ni respectés ni mis en œuvre. Cet état de fait perpétue le cycle de violence à l’égard des femmes, des filles, des enfants et des personnes aînées et contribue à maintenir une grande partie de la communauté dans la pauvreté, faute de logements et d’infrastructures de qualité, fiables et sécuritaires. Bien des personnes sont aussi poussées vers l’itinérance." France-Isabelle Langlois, directrice générale, Amnistie internationale Canada francophone
"Les communautés autochtones ont le droit d’aspirer à un avenir lumineux pour leurs familles et pour leurs enfants. Cela passe d’abord par un milieu de vie propice au développement et à l’épanouissement de chacun. Personne ne devrait être obligé de quitter sa communauté, sa famille, faute de pouvoir se loger. Le droit à un logement convenable est garanti par plusieurs traités internationaux relatifs aux droits humains, que le Canada a ratifiés. Le gouvernement canadien doit assumer ses responsabilités." Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.
La recherche démontre que de nombreuses familles de Manawan vivent dans des logements insalubres, en raison notamment de la présence de moisissure et faute de réparations adéquates. Des logements surpeuplés sont propices à la propagation de maladies et laissent peu de place à l’intimité, ou à des espaces propices aux travaux scolaires et peuvent également mener à des violences envers les femmes, les enfants et les aîné·e·s.
Le surpeuplement et la vétusté de certains logements à Manawan sont le résultat d’un manque flagrant de logements disponibles dans la communauté.
La situation du logement à Manawan n’est pas unique et est représentative de bien d’autres communautés autochtones au Canada. Encore en 2025, des Autochtones, dans et hors les réserves, vivent dans des conditions inacceptables de logement dans tout le Canada. Dans le rapport le plus récent de la SCHL, il est indiqué que « les ménages autochtones sont plus de deux fois susceptibles de vivre dans un logement de qualité non convenable » et que ces données pourraient être sous-estimées compte tenu de la méfiance historique des Autochtones envers des institutions gouvernementales coloniales.
“Ces jeunes parents qui envoient leurs enfants à l’école, je suis certaine que ça a un impact sur l’apprentissage, le développement de leurs enfants parce qu’ils se promènent avec leurs enfants d’une maison à une autre. Ils n’ont pas d’endroit à eux, ce qui fait que les parents ont probablement d’autres priorités que de s’assurer que leur enfant va à l’école. Leur priorité, ça va être où est-ce que je vais les faire dormir ce soir.” - Annette Dubé, directrice des services éducatifs, Manawan
Le manque de logements conduit aussi bien souvent à l’itinérance et constitue à la fois un facteur clé et une manifestation des inégalités et de la discrimination. Amnistie internationale estime que le racisme systémique à l’égard des Peuples autochtones au Canada, les répercussions des politiques coloniales et le sous-financement des réserves sont des facteurs importants de la crise du logement à Manawan. Des mesures immédiates et significatives doivent être prises pour que les Autochtones vivent dans la dignité, sans discrimination et puisse s’épanouir selon leurs valeurs et objectifs de vie. Le chef de Manawan appelle à un changement en profondeur.
"La crise du logement dans les communautés autochtones est une injustice structurelle que l’on ne peut plus tolérer ni invisibiliser. Elle commande un courage politique, celui de transformer en profondeur les lois, de reformuler les programmes et d’investir massivement dans des solutions durables, adaptées à nos réalités. Répondre à cette crise, ce n’est pas seulement construire des maisons, c’est reconstruire les fondations mêmes de nos communautés, soutenir leur essor et leur autodétermination. C’est aussi poser les bases d’une relation renouvelée entre les Peuples autochtones et la société canadienne, une relation fondée sur le respect, l’équité et la responsabilité partagée. À l’ère de la réconciliation, l’inaction n’est plus une option : il est temps de passer des paroles aux actes avec des mesures concrètes qui garantissent enfin à nos peuples le droit fondamental à un logement digne." Sipi Flamand, chef du Conseil des Atikamekw de Manawan.
Les gouvernements doivent, en partenariat étroit avec les conseils de bande, investir massivement, rapidement, de façon prévisible et sur plusieurs années, pour rattraper les retards et maintenir le rythme de construction tout en s’assurant que les outils d’évaluation des coûts de construction ne comportent aucun biais. Les programmes spécifiques destinés à l’adaptation des logements destinés aux personnes en situation de handicap doivent être suffisamment financée pour répondre à tous leurs besoins. Les gouvernements doivent intégrer une vision autochtone de la question de l’itinérance afin d’offrir des programmes de financement adaptés à cette réalité.
