Sommet du G20, Amnesty transmet quelque 20 500 signatures à l’ambassade d’Arabie saoudite

Ambassade Arabie saoudite

À l’occasion du sommet virtuel du G20 accueilli par l’Arabie saoudite [2] ces 21 et 22 novembre, Amnesty International a transmis ce jeudi 19 novembre à l’ambassade du Royaume saoudien, à Bruxelles, les quelque 20 500 signatures récoltées en Belgique francophone d’une pétition demandant la libération immédiate et sans condition de plusieurs militantes des droits humains, dont Loujain al Hathloul.

« Alors même que l’autonomisation des femmes figure en bonne place sur l’agenda du G20 [3], l’Arabie saoudite, de façon extrêmement hypocrite, emprisonne et harcèle les militantes dont le seul “crime” est d’agir pacifiquement en faveur des droits des femmes, explique Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International. Il est urgent que l’Arabie saoudite cesse cette campagne de persécution, libère les activistes injustement emprisonnées et abandonne les charges absurdes qui pèsent contre elles, y compris celles qui ont été libérées. »

Parallèlement, Amnesty International engage les leaders du G20 à se joindre à l’appel en faveur de la libération immédiate et inconditionnelle de Loujain al Hathloul, Nassima al Sada, Samar Badawi, Nouf Abdulaziz et Mayaa al Zahrani, arrêtées en 2018 en raison de leur travail de défense des droits humains.

« Alors même que l’autonomisation des femmes figure en bonne place sur l’agenda du G20, l’Arabie saoudite, de façon extrêmement hypocrite, emprisonne et harcèle les militantes dont le seul “crime” est d’agir pacifiquement en faveur des droits des femmes. »

« Pour les autorités saoudiennes, le sommet du G20 est crucial : c’est l’occasion de promouvoir leur programme de réformes aux yeux du monde et de montrer que le pays est ouvert aux échanges commerciaux, indique Lynn Maalouf, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International. Au lieu de se laisser abuser par le discours bien rôdé du gouvernement saoudien, les leaders du G20 devraient profiter de ce sommet pour marquer leur solidarité avec les militantes qui se sont mobilisées avec courage en faveur de l’autonomisation des femmes, au prix de leur liberté. »

Ces dernières années, les autorités saoudiennes ont cherché à redorer leur image à coups d’onéreuses campagnes de relations publiques [4] en présentant le prince héritier Mohammed ben Salmane comme un réformateur. En juin 2018, l’interdiction faite aux femmes de prendre le volant a été officiellement levée, une mesure très médiatisée présentée comme une preuve de progrès. Pourtant, au cours des semaines précédentes, un grand nombre de personnes mobilisées en faveur du droit pour les femmes de conduire avaient été arrêtées et incarcérées.

Les vrais réformateurs de l’Arabie saoudite

Loujain al Hathloul, figure de proue du combat en faveur du droit de conduire pour les femmes en Arabie saoudite, a été arrêtée lors de la répression de mai 2018 contre les personnes militant pour ce droit. Elle avait déjà été interpellée en 2014 et incarcérée pendant 73 jours. Après sa libération, Loujain al Hathloul a continué de faire campagne contre l’interdiction de conduire et le système de tutelle masculine, avant d’être interpellée en mai 2018 avec plusieurs femmes. Elle est détenue depuis lors, tandis que les autres femmes attendent d’être jugées.

Loujain al Hathloul observe une grève de la faim depuis le 26 octobre, pour protester contre le refus des autorités de la laisser communiquer régulièrement avec sa famille. Elle se sentirait faible et épuisée, ce qui avive les craintes quant à son état de santé.

Nassima al Sada et Samar Badawi ont été arrêtées en août 2018. Samar Badawi est une militante qui a fait campagne haut et fort contre l’interdiction de conduire et contre l’incarcération de son ex-mari, l’avocat spécialiste des droits humains Waleed Abu al Khair, et de son frère, le blogueur Raif Badawi. Nassima al Sada milite depuis des années en faveur des droits civils et politiques, des droits des femmes et des droits de la minorité chiite dans la province de l’Est, en Arabie saoudite.

Nouf Abdulaziz est une blogueuse et journaliste qui a écrit sur tout un éventail de sujets liés aux droits humains [5] avant d’être arrêtée en juin 2018. Peu après son arrestation, la militante Mayaa al Zahrani a posté un blog appelant à sa libération et a elle aussi été arrêtée quelques jours plus tard.

Ces cinq femmes sont toujours incarcérées ; certaines ont été torturées, soumises à des mauvais traitements et placées à l’isolement.

Parallèlement, depuis qu’elle assume la présidence du G20, l’Arabie saoudite a médiatisé de nouvelles initiatives [6] sur les possibilités d’emploi pour les femmes et fait valoir dans son agenda de la présidence qu’elle est « fortement engagée » dans l’autonomisation des femmes et des filles.

« Ces femmes ne devraient pas avoir besoin d’une grâce, elles n’ont fait qu’exercer sans violence leurs droits. »

Le 10 novembre, l’ambassadeur saoudien au Royaume-Uni [7] a déclaré que les autorités envisageaient des mesures de grâce [8] pour les militantes à l’approche du sommet. Pour la sœur de Loujain al Hathloul, ces propos sont un « coup de communication ».

« Ces femmes ne devraient pas avoir besoin d’une grâce, elles n’ont fait qu’exercer sans violence leurs droits », explique encore Lynn Maalouf.

Droits humains – le chapitre manquant du plan Vision 2030

En 2017, l’Arabie saoudite a lancé Vision 2030, un plan visant à diversifier l’économie et à créer de nouvelles opportunités pour les femmes et les jeunes.

À l’approche du sommet du G20, un groupe de militant·e·s saoudiens a lancé un projet baptisé « Vision du peuple pour la réforme », mettant en avant 13 questions relatives aux droits humains sur lesquelles ils demandent aux autorités d’agir. Selon Abdullah Alaoudh, l’un des porteurs de ce projet, il s’agit du « chapitre qui, selon nous, manque dans le plan Vision 2030 ».

« Nous demandons aux leaders du G20 de dénoncer cette hypocrisie. Les militant·e·s qui continuent de se battre pour les droits humains en Arabie saoudite sont les vraies voix de la réforme et ils doivent être entendus, pas enfermés. »

Dans le cadre de ce projet, ils demandent la libération de tous les prisonniers·ères d’opinion, le respect des droits des femmes et des personnes migrantes, l’abolition de la peine de mort et la fin des violations du droit international au Yémen.

« Ce week-end, les autorités saoudiennes vanteront des réformes pourtant défendues par des militant·e·s incarcérés afin de récolter des opportunités économiques et de recueillir des éloges politiques, indique Lynn Maalouf.

« Nous demandons aux leaders du G20 de dénoncer cette hypocrisie. Les militant·e·s qui continuent de se battre pour les droits humains en Arabie saoudite sont les vraies voix de la réforme et ils doivent être entendus, pas enfermés. »

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