Hong Kong, En un an, un seul texte de loi a décimé les droits humains

Hong Kong Protestation

Les bus locaux, les bacs de recyclage et la distribution de brochures comptaient parmi les principales attributions de Tiffany Yuen en tant qu’élue, lorsqu’elle a été arrêtée pour avoir violé la loi sur la sécurité nationale de Hong Kong et envoyée en prison.

Aussi absurde qu’elle puisse paraître, cette anecdote résume le rapide déclin des droits humains dans la ville, à cause d’un seul texte de loi promulgué il y a un an jour pour jour.

Au cours des 12 mois qui ont suivi son imposition par le gouvernement chinois, la loi sur la sécurité nationale a été utilisée comme prétexte pour museler – et au final anéantir – les voix qui critiquent les autorités de Hong Kong ou de Pékin.

Tiffany Yuen n’est que l’une des victimes de cette loi. Au mois de février, cette modeste responsable politique locale, ayant une expérience de la promotion des droits des LGBTQI et des femmes, a dit au revoir à sa famille et à ses amis et a été placée en institution correctionnelle.

Elle s’y trouve encore, parmi un groupe de 47 personnes inculpées de « complot en vue de subvertir le pouvoir de l’État » pour avoir pris part à des « primaires » non officielles, afin d’affiner la liste des candidat·e·s prodémocratie pour une élection territoriale en 2020, qui n’a jamais eu lieu. La plupart se sont vues refuser la libération sous caution à l’issue d’une audience collective de quatre jours, au cours de laquelle l’un des accusés s’est évanoui d’épuisement et les derniers vestiges des libertés jadis proclamées par Hong Kong semblaient se désintégrer à chaque minute éprouvante.

Le maintien en détention de Tiffany Yuen est rendu possible par la loi sur la sécurité nationale, qui dispose effectivement que les suspects ne doivent pas bénéficier de la liberté sous caution à moins qu’ils ne puissent prouver qu’ils « ne continueront pas de commettre des actes mettant en péril la sécurité nationale ».

En d’autres termes, ils sont présumés coupables et non innocents. De ce fait, les personnes ciblées en vertu de la loi sur la sécurité nationale sont passibles d’une incarcération « à la chinoise » : incarcérées avant d’être reconnues coupables.

Au cours des 12 mois qui ont suivi son imposition par le gouvernement chinois, la loi sur la sécurité nationale a été utilisée comme prétexte pour museler – et au final anéantir – les voix qui critiquent les autorités de Hong Kong ou de Pékin

Si Tiffany Yuen compte parmi les 118 personnes arrêtées jusqu’à présent au titre de cette loi, beaucoup d’autres ont subi des actes d’intimidation et de harcèlement, et ont finalement été réduites au silence dans le cadre d’une offensive qui a changé le visage de la société hongkongaise.

La semaine dernière, la fermeture d’Apple Daily, le quotidien prodémocratie de l’entrepreneur Jimmy Lai, fut une atteinte flagrante à la liberté de la presse qui illustre une répression plus large s’immisçant dans chaque recoin de la ville.

Au cours de l’année écoulée, des étudiants ont supprimé leurs comptes de réseaux sociaux, des restaurants ont retiré des affiches de contestation, des milliers de personnes ont pris la décision déchirante d’émigrer. Beaucoup partagent la même crainte : être considérés comme une menace pour la sécurité nationale et écoper de la possiblement lourde peine de prison qui va avec.

En effet, l’application arbitraire de la loi sur la sécurité nationale, ajoutée aux définitions imprécises de ses « infractions », font que personne ne peut savoir dans quelles conditions et à quel moment il risque de les transgresser.

Si les violations sont grossièrement classées en quatre catégories – « sécession », « subversion », « terrorisme » et « collusion avec des forces étrangères » – les possibilités d’enfreindre la loi sont quasiment infinies.

Des gens ont été arrêtés en raison du contenu de leurs tweets, des slogans arborés sur leurs T-shirts ou des autocollants sur leurs téléphones portables. Les discussions sur WhatsApp d’une ancienne députée de l’opposition avec des journalistes ont été citées comme preuves à son encontre.

Si les violations sont grossièrement classées en quatre catégories – « sécession », « subversion », « terrorisme » et « collusion avec des forces étrangères » – les possibilités d’enfreindre la loi sont quasiment infinies

Tandis que l’espace dédié à la liberté d’expression ne cesse de se rétrécir, des enseignant·e·s ont vu leur licence révoquée parce qu’ils ont promu des débats en classe sur des sujets comme l’indépendance de Hong Kong. Des livres critiques à l’égard de la Chine et de Hong Kong ont été retirés des rayons des bibliothèques publiques. Les enfants ont été mis en garde contre le fait d’exprimer des opinions politiques à l’école.

N’ayant qu’un état de droit affaibli pour les protéger, les voix dissidentes à Hong Kong demandent le soutien de la communauté internationale. Il incombe aux dirigeants du monde à travers les instances régionales d’obliger les autorités chinoises à faire face à cette offensive visant les droits humains, dans le cadre d’arènes bilatérales ou multilatérales comme le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

Moment des plus poignants des 12 derniers mois, Margaret Ng, ancienne députée admirée, condamnée à une peine avec sursis pour avoir participé à une manifestation pacifique en 2019, a déclaré au tribunal lorsqu’elle a plaidé les circonstances atténuantes : « Il n’y a pas de droit aussi précieux pour le peuple de Hong Kong que la liberté d’expression et la liberté de réunion pacifique. »

Et si les garanties relatives aux droits humains à Hong Kong ont été émoussées par la loi sur la sécurité nationale, ce n’est pas le cas de la volonté de son peuple. Lorsque les autorités ont de nouveau interdit la veillée annuelle commémorant la répression de la place Tiananmen à Hong Kong au mois de juin, soi-disant pour des motifs liés au COVID-19, et ont déployé des milliers de policiers pour gérer un événement qui se déroule sans violence depuis 30 ans, de nombreux habitants sont quand même descendus dans les rues pour allumer des bougies en mémoire des personnes tuées à Pékin le 4 juin 1989. S’ils cessent de se souvenir, qui le fera ?

Alors qu’Apple Daily regarde dans l’abîme, les gens se sont rués dans les kiosques à journaux pour acheter tous les exemplaires du journal disponibles.

Confrontés à un niveau de répression gouvernementale inimaginable auparavant, les Hongkongaises et les Hongkongais s’adapteront à mesure qu’ils trouveront d’autres moyens de s’exprimer. Tiffany Yuen, qui continue de concevoir des brochures pour sa communauté pendant sa détention, en est un exemple inspirant.

Cet article a été publié sur le site d’ Al Jazeera [1] .

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