Un conflit de plus en plus étendu

Le 25 mars 2015, une coalition internationale menée par l’Arabie saoudite lançait des frappes aériennes contre le groupe armé des Houthis au Yémen, déclenchant un conflit armé de grande ampleur.

Au cours des trois années qui ont suivi, le conflit s’est étendu et les combats ont touché la totalité du pays. Des atteintes aux droits humains et des crimes de guerre sont perpétrés dans tout le pays, causant des souffrances insupportables à la population civile.

En plus des frappes aériennes incessantes des forces de la coalition, les différents groupes rivaux s’affrontent au sol. D’un côté se trouvent les Houthis, un groupe armé dont les membres appartiennent à une branche de l’islam chiite connue sous le nom de zaïdisme. Les Houthis sont alliés aux partisans de l’ancien président du Yémen, Ali Abdullah Saleh. Face à eux, les forces anti-Houthis, alliées à l’actuel président, Abd Rabbu Mansour Hadi, et à la coalition menée par l’Arabie saoudite.

Les civils sont piégés entre les deux camps. Plus de 15 000 d’entre eux ont été tués ou blessés, et la crise humanitaire ne cesse de s’aggraver.

Depuis trois ans, une grande partie du monde ignore ce conflit et ne reçoit que peu d’informations sur ses conséquences dévastatrices.

Lire notre billet de blog « L’horreur au Yémen révèle l’hypocrisie meurtrière des exportateurs d’armes »

"C’ÉTAIT COMME LE JUGEMENT DERNIER. IL Y AVAIT DES CADAVRES ET DES TÊTES DISPERSÉS PARTOUT, MANGÉS PAR LES FLAMMES ET ENFOUIS SOUS LES CENDRES." Amal Sabri, touché par une frappe aérienne le 24 juillet

Ventes d’armes à l’Arabie saoudite par la Région wallonne

En 2016, la Région wallonne a accordé pour 33,5 millions d’euros de licences d’exportation d’armes au royaume saoudien. Entre 2012 et 2016, 37% de la valeur totale des licences d’exportations wallonnes étaient destinés à l’Arabie saoudite.

Malgré les nombreuses interpellations adressées par Amnesty International au gouvernement wallon, ce dernier continue à ne pas respecter ses engagements concernant l’octroi de licences d’exportation d’armes vers des pays qui violent le DIH ou le DIDH comme le royaume saoudien. Les transferts d’armes vers ces pays sont en effet interdits par le décret wallon relatif à l’importation, au transit et au transfert d’armes civiles, ainsi que par le Traité sur le commerce des armes ratifié par la Belgique en 2014. La Région wallonne viole donc outrageusement sa propre législation ainsi que ses engagements internationaux.

Le 19 décembre 2017, la Ligue des droits de l’homme et la CNPAD, soutenues par la section belge francophone d’Amnesty International, ont introduit devant le Conseil d’État un recours en suspension et en annulation de 28 licences d’exportation d’armes vers l’Arabie saoudite accordées par le Ministre-président wallon en octobre 2017.

La section belge francophone d’Amnesty International a lancé une pétition pour dénoncer l’immoralité de la Wallonie et demander au Ministre-président wallon de suspendre les ventes d’armes à l’Arabie saoudite qui a déjà récolté quelque 15.000 signatures.

Découvrez ce que nous reprochons à la région wallonne et ce que nous demandons concrètement

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« Étant donné le manque de garanties dont dispose la Région wallonne quant à l’utilisation des armes qu’elle fournit à l’Arabie saoudite, nous demandons une nouvelle fois au gouvernement wallon de suspendre toute vente d’armes à destination de ce pays », explique Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International.

Le lourd tribut payé par les civil-e-s

Les civils sont les premiers touchés par la violence du conflit au Yémen. Non seulement celui-ci a fait des milliers de morts et de blessés parmi eux, mais il a aussi aggravé la crise humanitaire qui était déjà profonde, après des années de pauvreté et de mauvaise gestion par l’État, entraînant une grande souffrance de la population.

Environ 22,2 millions de Yéménites survivent actuellement grâce à l’aide humanitaire. Afin d’empêcher les forces des Houthis de se ravitailler, la coalition a mis en place un blocus aérien et maritime partiel. Cela restreint fortement l’approvisionnement en carburant et en autres produits de base, réduisant l’accès à la nourriture, à l’eau, à l’aide humanitaire et aux fournitures médicales, faisant grimper le prix de la nourriture et créant une situation extrêmement difficile pour des millions de personnes. Les dégâts infligés par les frappes aériennes à des infrastructures logistiques cruciales telles que des ponts, des aéroports et des ports maritimes entravent par ailleurs fortement l’acheminement d’équipements humanitaires indispensables.

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Yémen

"Mon fils était né depuis 14 heures quand il est mort [...] les médecins nous ont dit qu’il avait besoin de soins intensifs et d’oxygène. Nous l’avons amené à tous les hôpitaux ouverts, mais il est mort. J’aurais aimé l’emmener hors de la ville, mais on ne pouvait pas sortir." Mohamed, père d’un nouveau-né qui est mort en raison des pénuries d’oxygène à Taizz en décembre 2015

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© Amnesty International

Le groupe armé houthi et les forces qui lui sont alliées ont par ailleurs mis en danger la vie de milliers de civil-e-s à Taizz, ville située dans le sud du Yémen, en limitant l’acheminement de fournitures médicales essentielles et de denrées alimentaires. Les travailleurs humanitaires accusent aussi de restreindre de manière excessive les déplacements de biens et de personnel, et de contraindre certaines de leurs programmes d’aide à fermer.

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LE COÛT HUMAIN DU CONFLIT

5 900
civil-e-s tués pendant le conflit, 48 000 civil-e-s blessés
3 millions
de personnes forcées de quitter leurs maisons
2,5 millions
d’enfants en dehors de l’école
22,2 millions
ont besoin d’assistance humanitaire, notamment de la nourriture, de l’eau, un logement, du carburant et un système sanitaire

Qui combat qui ?

D’un côté le groupe armé houthi - souvent désigné comme les « Comités populaires » - qui est soutenu par certaines unités de l’armée et des groupes armés fidèles à l’ancien président Ali Abdullah Saleh.

Dans le camp opposé, la coalition militaire menée par l’Arabie saoudite et soutenue par le président Abd Rabbu Mansour Hadi, qui a lancé des attaques aériennes et mené des opérations au sol au Yémen. Cette coalition regroupe les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Koweït, le Qatar, la Jordanie et le Soudan. Les États-Unis et le Royaume-Uni ont fourni des renseignements et un soutien logistique clés à la coalition.

"La force de l’explosion a fait voler ma soeur et ma mère à cinq mètres, les tuant sur le coup. Le corps de Hani n’a été dégagé qu’après douze heures. Mon père Faisal a été l’unique survivant." Leila Hayal a perdu sa mère et quatre frères et soeurs lorsqu’une coalition aérienne a détruit leur maison à Taizz, durant la nuit du 16 juin 2015

La coalition est alliée à des groupes armés anti-houthis opérant au sol au Yémen, souvent appelés « Comités de résistance populaire ». Elle est en outre soutenue par des unités des forces armées fidèles au président Abd Rabbu Mansour Hadi et par plusieurs autres groupes.

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L’Arabie saoudite continue de pilonner le Yémen et la Région wallonne de lui vendre des armes. Empêchez ce commerce immoral

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Des atteintes aux droits humains de part et d’autre

Amnesty International a rassemblé des éléments révélant que toutes les parties au conflit ont perpétré de sérieuses atteintes aux droits humains et ont bafoué le droit international humanitaire, y compris des crimes de guerre.

Amnesty International a recensé 36 frappes aériennes dans six gouvernorats différents (Sanaa, Sada, Hajjah, Hodeida, Taizz et Lahj) imputables à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite. Ces frappes ont semble-t-il bafoué le droit international humanitaire - c’est-à-dire les règles qui s’appliquent pendant un conflit, aussi connues sous le nom de « lois de la guerre » -, faisant 513 morts (dont au moins 157 enfants) et 379 blessés parmi la population civile. Celles-ci ont inclus des attaques ayant semble-t-il délibérément visé des civil-e-s et des objets civils tels que des hôpitaux, des écoles, des marchés et des mosquées, et peuvent constituer des crimes de guerre.

"Il y a eu un moment de silence, et j’en ai profité pour secourir ma famille. C’est à ce moment-là que la troisième bombe a atterrit. L’électricité s’est coupée, j’ai essayé d’aller à l’intérieur de la maison, pour chercher une torche et ma famille. Je criais à la recherche de mes filles, je pouvais en entendre d’autres crier pour chercher leurs familles. Mais tout ce que j’ai vu, c’est le corps de ma femme et de mes filles ensanglantés." Qaed, 55 ans, a perdu la plupart de sa famille dans une frappe aérienne à Mokha, le 24 juillet 2015

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La coalition dirigée par l’Arabie saoudite a elle aussi employé des bombes à sous-munitions, des armes meurtrières interdites par le droit international. Lors de leur propulsion, les bombes à sous-munitions libèrent des dizaines - parfois des centaines - de « petites bombes » qui, souvent, n’explosent pas immédiatement et peuvent causer de terribles blessures longtemps après l’attaque initiale. Amnesty International a recensé l’utilisation par la coalition d’au moins quatre types différents d’armes à sous-munitions, notamment des modèles de fabrication américaine, britannique et brésilienne.

"Je me tenais debout dans la cuisine lorsque j’ai entendu l’explosion. Tout d’un coup, j’ai ressenti quelque chose dans mon cou... Je suis maintenant quadriplégique, paralysé à partir du cou jusqu’aux pieds. Cette nuit, un shrapnel est entré par mon cou et est ressorti à ma septième vertèbre. Nous venions tout juste d’emménager dans notre maison, on pensait être en sécurité. Qui prendra soin de ma famille maintenant ?" Anhar Najeeb, une mère de 55 ans de deux enfants, a été sévèrement blessée lorsque des roquettes ont été tirées sur la zone largement peuplée de Aden, le 1er juillet 2015

Amnesty International a en outre enquêté sur 30 attaques au sol - menées par les forces pro et anti-Houthis - dans les villes d’Aden et Taizz, n’ayant fait aucune distinction entre combattants et civil-e-s, et ayant coûté la vie à au moins 68 civil-e-s, des femmes et des enfants pour la plupart. Des combattants des deux camps ont également utilisé des armes imprécises, tels que des systèmes d’artillerie, des mortiers ou des roquettes Grad, contre des zones civiles densément peuplées et opèrent au milieu de quartiers résidentiels, lançant des attaques depuis des logements, des écoles et des hôpitaux ou à proximité. Toutes ces attaques vont à l’encontre du droit international humanitaire et peuvent constituer des crimes de guerre.

Le groupe armé Houthi, soutenu par les forces de sécurité de l’État, a mené une vague d’arrestations visant les opposants, notamment des défenseurs des droits humains, des journalistes et des académiciens, les faisant taire l’arme au poing ou en les faisant disparaître le tout obéissant à un programme effrayant d’anéantissement de toute dissidence.
Les forces anti-Houtis alliées au Président yéménite Hadi et à la coalition ont aussi mené des campagnes d’intimidation et de harcèlement contre du personnel hospitalier, allant jusqu’à mettre en danger les civils en positionnant des soldats et des infrastructures militaires près d’hôpitaux.

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Les armes qui alimentent la crise

En dépit de nombreux éléments tendant à prouver que des atteintes graves au droit international ont été perpétrées au Yémen et des effets dévastateurs sur la population civile des graves violations du droit international, beaucoup de pays continuent de procéder à la vente et au transfert, vers l’Arabie saoudite et ses alliés, d’armes utilisées dans le conflit. Des armes ont également été détournées pour finir entre les mains des Houthis et d’autres groupes armés qui combattent au Yémen.

Les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Espagne, le Canada et la Turquie ont fait état de transferts vers l’Arabie saoudite pour un montant de près de 5,9 milliards de dollars entre 2015 et 2016, incluant notamment des drones, des bombes, des torpilles, des roquettes et des missiles.

Plusieurs de ces États sont parties au Traité sur le commerce des armes, qui vise à « réduire la souffrance humaine » et qui rend illégal le transfert d’armes quand ces armes risquent d’être utilisées pour commettre de graves violations du droit international.

Amnesty International exhorte tous les États à veiller à ce qu’aucune partie au conflit au Yémen ne reçoive – directement ou indirectement – des armes, des munitions ou des équipements ou technologies militaires susceptibles d’être utilisés dans le conflit, tant que perdurent ces graves violations. Ces restrictions doivent aussi s’appliquer au soutien logistique et financier pour de tels transferts.

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©FAYEZ NURELDINE/AFP/Getty Images

« Les flux d’armes irresponsables et illégaux à destination des parties au conflit au Yémen contribuent directement à des souffrances civiles à très grande échelle. Il est temps que les dirigeants mondiaux cessent de faire primer leurs intérêts économiques sur le reste » - James Lynch, d’Amnesty International.

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