Venue du président al-Sissi à Bruxelles : mobilisation militante aux abords du Palais royal

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Ce mercredi 16 février, à l’occasion de la réception par le roi Philippe – en présence d’un·e membre du gouvernement fédéral – du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi au Palais royal, des militant·es d’Amnesty International, du Cairo Institute for Human Rights Studies (CIHRS), de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et d’autres organisations se sont mobilisé·es à la place du Trône pour notamment rappeler que les autorités égyptiennes sont responsables de la pire crise des droits humains de l’histoire récente du pays.

« Alors que nos autorités déroulent un tapis rouge au président al-Sissi, nous avons voulu rappeler que cette personne que le roi a reçu en audience et que notre Premier ministre rencontrera demain en compagnie de la ministre des Affaires étrangères (et vice-Première ministre) est à la tête d’un gouvernement qui bafoue violemment les droits fondamentaux de la population égyptienne. Ainsi, toute voix perçue comme dissidente est persécutée, particulièrement les défenseur·es des droits humains », explique Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International.

À cette occasion, un podium a été installé où ont notamment pris la parole Ramy Shaath, défenseur des droits humains emprisonné durant plus de deux années en Égypte en raison de son militantisme (libéré en janvier dernier) ; Céline Lebrun-Shaath, l’épouse de ce dernier, qui a activement milité pour la libération de son mari ; Souheila Yildiz, compagne belge d’un étudiant détenu arbitrairement (Ahmed Samir Santawy) en raison de ses recherches universitaires sur les droits des femmes et la religion ; etc. En plus de lancer un appel ferme pour le respect des droits humains en Égypte, les orateur·rices ont demandé avec insistance la libération d’Ahmed Samir Santawy, injustement détenu depuis un an.

Réclamant eux·elles-aussi la libération du jeune prisonnier d’opinion – tout comme une septantaine d’organisations et l’ensemble des recteur·rices des universités belges –, les militant·es ont dressé une vingtaine de silhouettes grandeur nature à l’effigie d’Ahmed Samir Santawy et déployé une bannière sur laquelle était inscrit : « Free Ahmed ». Des pancartes présentant les photos d’autres personnes injustement détenues en Égypte ont également été arborées.

« Toute voix perçue comme dissidente est persécutée, particulièrement les défenseur·es des droits humains »

« Le cas d’Ahmed Samir est représentatif de la terrible répression qui sévit dans ce pays. Étudiant en anthropologie à l’Université d’Europe centrale de Vienne, son seul tort est de mener des recherches sur les droits sexuels et reproductifs en Égypte, ce qui qui lui vaut d’être détenu depuis un an dans le cadre d’une enquête sur des “affaires liées au terrorisme”. Nous appelons expressément le roi Philippe [1], ainsi qu’Alexander De Croo et Sophie Wilmès à demander au président al-Sissi la libération de ce jeune homme qui n’a rien à faire en prison », indique Philippe Hensmans.

Amnesty International appelle également les dirigeant·es de l’Union européenne à insister auprès du président égyptien pour qu’il remédie à la crise des droits humains en Égypte et mette fin aux attaques incessantes contre les personnes qui défendent les droits humains lors des échanges qui auront lieu en marge du sommet Union européenne-Union africaine (UE-UA) cette semaine.

« Malgré les mesures de façade prises par le gouvernement égyptien, force est de constater que les violations flagrantes des droits humains se poursuivent sans discontinuer en Égypte. Les dirigeant·es de l’UE ne doivent pas donner au président al-Sissi la possibilité de dissimuler les politiques profondément répressives de l’Égypte, insiste Eve Geddie, directrice du bureau d’Amnesty International pour les institutions européennes. Les personnes qui se trouvent actuellement derrière les barreaux pour avoir exercé pacifiquement leurs droits humains dans le pays attendent des dirigeant·es de l’UE qu’il·elles s’expriment en leur nom et qu’il·elles insistent pour que la situation change. S’il·elles s’en abstiennent, cela laissera entendre, de façon dangereuse, que l’UE fait passer le renforcement de ses liens avec les autorités avant la protection des droits fondamentaux des personnes en Égypte. »

« Force est de constater que les violations flagrantes des droits humains se poursuivent sans discontinuer en Égypte »

La visite du président al-Sissi en Belgique pour le sommet UE-UA intervient dans un contexte d’inquiétudes face aux efforts récemment déployés par les autorités égyptiennes pour éliminer les ONG indépendantes de défense des droits humains dans le pays. En janvier 2022, le Réseau arabe pour l’information sur les droits humains, une importante ONG de défense des droits humains, a annoncé sa fermeture après 18 ans de fonctionnement, ne pouvant poursuivre ses activités dans un climat aussi répressif.

Les défenseur·es des droits humains et d’autres acteur·rices de la société civile continuent à faire l’objet d’enquêtes pénales motivées par des considérations politiques, d’interdictions de voyager, de gels d’avoirs, de mesures de probation extrajudiciaires et d’autres formes de harcèlement.

Ces derniers mois, les autorités égyptiennes ont également déféré au moins 28 défenseur·es des droits humains et représentant·es pacifiques de l’opposition politique devant des juridictions d’exception pour des procès menés sur la base d’accusations infondées de « fausses nouvelles » ou de « terrorisme ». En 2021, au moins sept de ces personnes ont été condamnées, à l’issue de procès manifestement iniques, à des peines de trois à cinq ans d’emprisonnement pour avoir critiqué le bilan de l’Égypte en matière de droits humains, sa politique économique ou les conditions de vie de la population.

Malgré leurs prétendus efforts [2] pour lutter contre la discrimination à l’égard des femmes, les autorités égyptiennes continuent à réprimer ces dernières, y compris les victimes de violences sexuelles, sur la base de charges absurdes ayant trait à l’« immoralité » ou à l’« outrage à la pudeur ». Elles ont également puni des militantes des droits des femmes pour avoir dénoncé des faits de harcèlement sexuel.

La visite du président al-Sissi à Bruxelles suit de peu l’information selon laquelle l’UE propose une candidature conjointe avec l’Égypte pour coprésider le Forum mondial de lutte contre le terrorisme [3], une organisation internationale influente dédiée à la lutte contre le terrorisme. Cette décision a été critiquée par 16 ONG [4] en raison des graves antécédents de l’Égypte, qui a détourné la législation antiterroriste pour museler la dissidence, porter atteinte aux droits à une procédure régulière et maintenir des milliers de personnes en détention provisoire pour une durée indéterminée.

Amnesty International appelle [5] les États membres de l’UE et de l’UA à respecter leurs engagements en matière de droits humains et à soutenir expressément le rôle de la société civile et des défenseur·es des droits humains.

« En poursuivant ses relations avec l’Égypte comme si de rien n’était, l’UE risque de remettre en cause sa propre crédibilité. La rencontre prochaine avec le président al-Sissi ne doit pas donner à l’Égypte la possibilité de dissimuler les terribles violations des droits humains commises dans le pays. Le harcèlement, les actes d’intimidation et les détentions arbitraires qui visent les défenseur·es des droits humains en Égypte doivent cesser », conclut Eve Geddie.

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